17 octobre 1961. Nos reportages de 1991. Des témoignages historiques (radio). PODCAST

17 octobre 1961 (2) : combattre la gangrène aujourd’hui

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[RADIO] 17 octobre 1961 (2) : combattre la gangrène aujourd’hui
17 octobre 1961. Nos reportages de 1991. Des témoignages historiques.

J’avais 18 ans le 17 octobre 1961

J’étais avec mon copain Paulo au coin du pont Saint-Michel, à la sortie du métro, près de la pendule. On savait qu’il y aurait une manif des Algériens contre le couvre-feu que Papon leur avait imposé. Paulo devait faire des photos. Nous étions étudiants aux arts appliqués, rue Dupetit-Thouars, et comme toute cette génération, nous avions la trouille de partir pour l’Algérie. C’était un sujet quotidien de discussion et d’engueulade entre ces dégonflés de partisans de la « paix en Algérie » et nous autres qui soutenions le FLN et souhaitions l’indépendance. Des terroristes en somme. Nous étions quelques-uns à avoir fait le choix de l’insoumission, et Paulo était en liaison avec un réseau militant censé nous aider à nous planquer en Suisse ou en Belgique, le moment venu. On n’était pas les seuls, il y a eu 10 000 insoumis au total. Le regretté journaliste Michel Boujut a magnifiquement raconté ça dans son livre, Le jour où Gary Cooper est mort. On suivait la situation de près, on allait en manif place de la République et sur les boulevards, et le soir on se retrouvait à la Joie de lire, la librairie de François Maspero, rue Saint-Séverin, juste à côté du pont Saint-Michel, là où on se trouvait donc ce soir-là sous la pluie, Paulo et moi.

Je ne sais plus quand ni comment la manif est arrivée, j’ai l’image d’une foule paniquée sous la pluie, des hommes en majorité, quelques femmes, des youyous, des cris, des ordres, des coups, des gens désarmés fuyant les mains en l’air devant les flics casqués, armés, acharnés à cogner. Par chance, nous, cheveux châtains et blondinets, pour les flics, on avait les bons faciès, mais Paulo a quand même préféré se tirer dans le métro. Pas plus courageux, j’allais le suivre quand j’ai vu un manifestant enjamber brusquement le parapet du pont et se planquer en boule juste sur le rebord au-dessus du fleuve, en s’agrippant à la balustrade. Je le voyais d’où j’étais, entre la pendule et les boîtes de bouquinistes. Les manifestants et les flics passaient en cavalant, il pleuvait, c’était pas très éclairé, il aurait pu rester inaperçu mais un flic a fini par le voir et sans sommation, il s’est mis à le cogner à coup de crosses sur le crâne, sur le dos, sur les mains, un autre flic s’y est mis, et un autre encore, et le gars a lâché prise.

La suite, après la chute dans la Seine, je ne sais plus, c’est embrouillé, mais un détail m’est resté : ce type portait une cravate, j’ai eu le temps de voir ça dans sa chute. Il venait sans doute des bidonvilles de Nanterre ou d’Aubervilliers, comme des milliers d’autres manifestants, des FMA comme il fallait dire, des « Français musulmans d’Algérie ». Mais c’était avant tout des ouvriers qui faisaient les trois-huit dans les usines de bagnoles, ou qui bossaient dans le bâtiment. Sur les photos, aujourd’hui, on voit qu’ils s’étaient tous fait beaux pour cette grande manif. Affaire de dignité. Le visage en sang de cet homme qui tombe ne m’a jamais quitté depuis 60 ans.

COMBATTRE LA GANGRÈNE AUJOURD’HUI

Les jours suivants, j’ai raconté ce que j’avais vu, il y avait beaucoup de témoignages qui circulaient, des choses vues, des meurtres, des noyés dans le canal Saint-Martin, des flaques de sang sur les grands boulevards, des assassinats dans la cour de la préfecture de police. Au début, la presse a couvert cette histoire, mais les évènements ensuite se sont bousculés et un lourd silence honteux s’est installé sur le 17 octobre. Témoigner vous rendait suspect. On vous le disait d’un air las : « si c’était vrai, ça se saurait ». Aujourd’hui, les témoins professionnels ne manquent pas. Mais durant trente ans, l’intérêt était bien maigre, un bouquin, un film, un article sortait quand même, mais il a fallu attendre octobre 1991 pour que le livre de Jean-Luc Einaudi, La Bataille de Paris. 17 octobre 1961, fasse sortir cette histoire du placard et réussisse, en faisant condamner Maurice Papon, à faire qualifier de « massacre » cette journée portée disparue [1]. C’est lui que nous retrouvons dans cette émission de 1991, avec beaucoup d’autres témoignages devenus rares.

L’historien Benjamin Stora a donné pour titre à l’un de ses livres La gangrène et l’oubli. Le 17 octobre 1961 est sorti de l’oubli, mais soixante ans après, la même gangrène raciste se répand contre les mêmes, prépare les mêmes pogroms, soutenus par les mêmes. Oui, célébrer le 17 octobre 1961, revenir à nouveau sur les lieux, sur les ponts, jeter des fleurs de mémoire dans la Seine, exiger la reconnaissance de ce massacre d’État, mais surtout, avant tout, combattre les causes du retour de cette gangrène raciste qui est en train de se répandre dans notre grand corps malade.

D.M.


Programmation musicale :
 Eddy Mitchell : Soixante, soixante-deux
 Les Chaussettes Noires : Tu parles trop
 Johnny Hallyday : Viens danser le twist
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    Il le jure la main sur le cœur, il « ne savai(t) pas pour ces destructions d’espèces protégées ». De même, ses avocats nient toute implication de leur client. Le petit personnel (actuels et anciens régisseurs et gardes-chasses) accepte d’endosser tous les faits qui sont reprochés à leur milliardaire de patron, propriétaire du modeste domaine de Fontenaille (650 hectares à la La Ferté-Saint-Aubin) et confirme avoir agi à l’insu de leur patron…

    Mais rien à faire !

    Au tribunal d’Orléans, mardi 8 septembre, à l’issue de deux jours d’audience où Olivier Bouygues comparaissait pour « destruction d’espèces protégées en bande organisée », la procureure de la république Emmanuelle Bochenek-Puren n’a pas cru une seule seconde aux simagrées du milliardaire et a requis, étant donné l’abondance de « preuves matérielles », la peine maximale à son encontre, soit 5 ans de prison avec sursis et 750 000 euros d’amende avec interdiction d’exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans.

    « Je ne savais pas pour ces destructions d’espèces protégées. C’est dans l’ADN de notre groupe de déléguer, de faire confiance, j’ai fait ça sur nos chantiers, je fais ça sur mon domaine. Cela a été un choc quand j’ai appris ces faits, je leur ai passé un savon et aussitôt exigé que ces pratiques cessent. » (Olivier Bouygues)

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    Un viandard, un obsédé de la chasse, un cinglé du sang chaud des bêtes, du faisan à l’éléphant, de l’ours à l’antilope, du buffle à la perdrix, partout dans le monde, de Chambord au Tibet, des forêts de Pologne au cœur de l’Afrique, il était hanté par une obsession : chasser, chasser, chasser ! Peu importe le protocole et les affaires du monde, d’abord, il fallait tuer. Non pas tuer, d’ailleurs, mais tirer. Il ne laissait pas les gardes achever les bêtes, il voulait tirer sans cesse. Et le lendemain, on trouvait dans les fourrés les bêtes tremblantes, encore dans leur agonie.

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    À l’université d’été de La France insoumise, la députée européenne Manon Aubry a affirmé « que taxer les riches, c’est pas suffisant. Et que si l’on veut être clair dans une société où on va remettre les choses à l’endroit, c’est qu’il ne faudra pas seulement taxer les riches, mais interdire les milliardaires. Parce que s’il n’y a plus de milliardaires, il n’y a plus personne qui détient les médias. S’il n’y a plus de milliardaires, il n’y a plus personne qui massacre la planète. (…) Si on regarde dans le détail, je veux vous convaincre aussi à quel point les milliardaires sont des formes de nuisibles. »

    Très bonne idée ! Interdire les milliardaires, c’est aussi protéger toute la faune chassée et pourchassée par les milliardaires dans leurs chasses de Sologne.

    Le procès qui s’ouvre les 7 et 8 septembre à Orléans contre le milliardaire et homme d’affaires Olivier Bouygues, pour destruction d’espèces animales protégées, en apporte une preuve éclatante.

    La Sologne est depuis longtemps le terrain de jeu des ultrariches. Abattre du gibier est le loisir préféré d’une petite trentaine de milliardaires qui ont ici leurs terres et leurs châteaux : Seydoux, Wertheimer, Bich, Vuitton, Provost, etc.

    Et donc aussi du milliardaire Olivier Bouygues, co-actionnaire du groupe qui détient TF1, Bouygues Telecom, Colas, Bouygues Immobilier, etc.

    Or les 7 et 8 septembre prochain, au tribunal correctionnel d’Orléans, six prévenus devront répondre devant la justice pénale et pas moins de 15 parties civiles, dont la Fédération départementale des chasseurs du Loiret, du délit de destruction d’espèces protégées en bande organisée.

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    Alors, soyons bien d’accord tout de suite : si vous avez écouté attentivement ma dernière chanson, vous savez que je n’aime pas tirer sur les ambulances et cette chronique ne sera pas dédiée à dire du mal de Raphaël Glucksmann. D’ailleurs on va commencer par en dire du bien. Si. Car là où on reproche souvent aux hommes politiques leur roublardise et leurs effets de manche, reconnaissons au bonhomme une certaine droiture. Chez lui, le fond et la forme sont en phase : la forme est insipide, oui, mais le fond aussi est parfaitement vide. Du coup ça se tient. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Si notre homme est beaucoup moins expressif qu’un calamar, c’est pour la très valable raison qu’il a beaucoup moins de choses à dire qu’un calamar – aucune esbroufe, c’est carré. Transparent. Ça matche, comme disent les joyeux et turbulents petits Tarn-et-garonnais que j’ai l’honneur de conduire tous les jours vers l’instruction publique.

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    ENDOCTRINER, ÉVANGÉLISER, MANIPULER.

    Les stratégies pour dominer les foules sont connues depuis longtemps.

    On peut aujourd’hui ajouter : INFORMER.

    Certes des contre-feux existent. Là-bas y tient sa place modeste [1]. Mais les forces sont inégales.

    La propagande, nouvelle méthode de gouvernement qui s’empare des armes des publicitaires, ne se contente plus d’interdire les positions dissidentes, elle les étouffe par la pression économique et la distorsion des preuves.

    Elle offre ainsi un avantage indu sur le terrain des idées à ceux qui concentrent pouvoir et richesse.

    De graves menaces pèsent sur la liberté de penser.

    C’était en 1922 l’avertissement visionnaire du philosophe britannique Bertrand RUSSELL (1872-1970), témoin privilégié de l’essor des techniques modernes de propagande, qui seront cyniquement décrites par Edward Bernays quelques années plus tard dans son PROPAGANDA.

    Une occasion de (re)découvrir le parcours et l’œuvre d’un des intellectuels les plus stimulants pour aujourd’hui.

    Chantal Santerre et Norman Baillargeon présentent le parcours de celui qui disait : « trois passions, simples mais irrésistibles, ont commandé ma vie : le besoin d’aimer, la soif de connaître, le sentiment presque intolérable des souffrances du genre humain ».

    Auteur de 70 livres et d’au moins 3 000 articles, académiques ou autres, il conseillait : « ne craignez pas d’être excentrique dans vos opinions, car chaque opinion aujourd’hui acceptée fut un jour excentrique. »

  • Arnaques sentimentales : un reportage de Charlotte Perry. PODCAST RADIO Les arnacœurs Abonnés

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    « C’est une vieille maladie honteuse
    Un sacré manque d’amour qui creuse
    Dans nos villes, dans nos campagnes
    Ça gagne… »

    Alain Souchon a mis les mots dessus, il y a presque 50 ans.

    La solitude colle à l’humanité comme son ombre, pleurer des rivières est notre plus ancien blues.

    Mais tout ça, c’était avant.

    Avant l’informatique et les réseaux qui ont permis de faire de la solitude un énorme business. On parle d’un « capitalisme de la solitude ». L’escroquerie aux sentiments engendre des milliards d’euros. L’université du Texas avance un chiffre de 65 milliards d’euros entre 2020 et 2024. Témoignages, enquêtes, reportages se multiplient. L’Afrique de l’Ouest prend sa revanche, les « brouteurs » capables de vous tondre jusqu’à l’os avec un simple portable chantent le bonheur de « niquer la France/depuis l’étranger ».

    On arnaque par le cœur, par le cul et par le fric.

    Pour pratiquer l’arnaque aux sentiments, vous pouvez trouver des kits de phishing sur Telegram entre 75 et 300 euros. Vous apprendrez à utiliser l’IA, vous apprendrez le « boomer trap », le piège à séniors. Des milliers se font piéger chaque année, parfois jusqu’à la ruine complète.

  • Tout un été Là-bas : que de l’amour ! La victoire de Zohran Mamdani, un laboratoire pour la gauche Abonnés

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    Dans ces jours qui n’en finissent pas de déchanter, la victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York le 4 novembre 2025 a été une formidable embellie. Crédité de 1 % un an auparavant, ce pétulant musulman est devenu le premier maire « socialiste » dans la plus grande ville américaine qui compte le plus de milliardaires au monde.

    Une brève éclaircie ou bien le début d’un durable contre-feu ?

    Enseignant à l’université Johns Hopkins, l’historien Tristan Cabello voit dans cette victoire un laboratoire pour la gauche.

    Alors que nos gauches s’entretuent avec application en offrant un boulevard aux réacs les plus déboutonnés, il y a là sans doute pour nous du grain à moudre, surtout à la veille des municipales.

    Gel des loyers, bus gratuits, crèches abordables.

    C’est en répondant aux galères populaires que Mamdani a réussi. Avec bien moins de moyens financiers, il a battu Andrew Cuomo, figure de l’establishment démocrate, le parti qui, en méprisant les préoccupations des modestes, a favorisé l’élection de Trump.

    Accusée bien sûr d’antisémitisme et de soutien du Hamas, toute la jeunesse de la communauté juive de New York a voté pour lui.

    Et surtout Mamdani a laissé tomber les « culture wars », les guerres culturelles, c’est-à-dire les conflits identitaires et moraux qui masquent un agenda économique pro-patronat. Des débats dont notre gauche culturelle se gave depuis longtemps, loin des soucis du populo beauf et mal élevé.

    Un entretien contre la déprime générale avec une surprise à la fin…

Une sélection :

Rencontre avec Francesca Albanese qui publie son rapport sur la torture en Palestine (vidéo et radio. Durée : 24’53) Francesca Albanese : « Israël a reçu un permis de torturer les Palestiniens » Accès libreVoir

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Cages de fer, attaques de chiens, tortures à l’électricité, viols collectifs avec matraques ou barres de fer, intestins éclatés…

À Genève, le 21 mars, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés FRANCESCA ALBANESE a présenté son dernier rapport « TORTURE ET GÉNOCIDE » dans les territoires palestiniens occupés.

Pas seulement bavure ou revanche, mais méthode systématique contre les Palestiniens dans les prisons mais aussi hors des lieux de détention, y compris sur des mineurs. Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une logique qui s’exerce sur les corps comme sur les conditions de vie.

Le rapport précise : « la torture est une caractéristique structurelle du génocide en cours commis par Israël et, plus largement, de l’apartheid colonial de peuplement ».

« Fils de pute », « enculé » Accès libreLire

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À sept reprises en moins de six minutes, en direct et en public, le 19 décembre 2025, le député d’extrême droite Charles Alloncle a répété « fils de pute », « enculé » dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public dont il est le rapporteur. Des termes rarement usités dans un cadre officiel qui lui ont valu des milliers de messages dans les réseaux d’extrême droite et dans tous les médias appartenant au milliardaire Vincent Bolloré.

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Nous avons réuni tous nos articles sur Gaza depuis le 7 octobre 2023.
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Ignorance et ressentiment permettent toutes les manipulations et tous les chantages. Les partisans du génocide n’hésitent pas à instrumentaliser la mémoire juive pour accuser d’antisémitisme la moindre solidarité pour le peuple (…)