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L’antifasciste Vincenzo Vecchi risque l’extradition vers l’Italie de Salvini

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Ce jeudi 8 août, alors qu’il se rendait sur un chantier où il travaillait en tant que peintre en bâtiment, Vincenzo Vecchi a été arrêté par une quinzaine de policiers de la brigade nationale de recherche des fugitifs. Cet ancien militant antifasciste était recherché par les autorités italiennes qui avait émis deux mandats d’arrêt européens à son encontre suite à des condamnations concernant sa participation à des manifestations contre le G8 à Gênes en 2001 et à une manifestation antifasciste à Milan en 2006.

En cavale depuis presque 18 ans, Vicenzo Vecchi a fui son pays l’Italie et était installé depuis 8 ans près de Rochefort-en-Terre une petite commune dans le Morbihan où il était bien intégré et participait à la vie locale, notamment en tant que bénévole dans un bar associatif.

Il comparaissait aujourd’hui à 11H devant la cour d’appel de Rennes où un rassemblement de soutien a réuni près de 150 personnes dont pour la plupart des amis et des voisin de sa commune, où il était très apprécié.
La justice française doit statuer sur sa possible extradition vers l’Italie où il encourt 13 ans d’emprisonnement pour sa participation aux manifestations anti-G8 de Gênes et 4 ans de prison pour une manifestation antifasciste à Milan.

Emilie une amie de Vicenzo y voit un symbole éminemment politique. « Franchement livrer un militant antifasciste à Salvini, c’est quand même sidérant ! (…) Il y a une montée du fascisme, les gouvernements européens marchent main dans la main pour faire des choses crapuleuses ! » s’exclame t’elle, assise sur les escaliers d’entrée de la cour d’appel.

Sur le parvis de la cour d’appel un autre ami s’indigne :
« Il a été condamné sur la base d’éléments juridiques liberticides et absurdes introduits par les fascistes en 1930 dans le code pénal, et avec lesquels on a condamné Vicenzo, la France doit prendre cela en considération. »

Le 13 juillet 2012, Vecchi avait été condamné en dernière instance par la Cour de cassation italienne à 11 ans et six mois de réclusion pour délits de « dévastation et pillage, attaque à main armée, résistance et violence vis-à-vis des membres des forces de l’ordre » lors des manifestations contre le sommet du G8 à Gênes en 2001. Un arrêt de la Cour de cassation que n’ont toutefois pas encore pu consulter les avocates actuelles de Vincenzo Vecchi. Ce dernier a aussi été condamné pour avoir participé à des violences lors d’une manifestation antifasciste non autorisée à Milan, en 2006.

Selon les magistrats italiens, lors des manifestations anti-G8, les 20 et 21 juillet 2001, Vincenzo Vecchi « avec le concours d’autres manifestants, endommageait, détruisait et incendiait divers biens mobiliers et immobiliers parmi lesquels certains instituts de crédit, des voitures et un supermarché, en emportant la marchandise exposée à l’intérieur. Il s’opposait avec violence aux forces de l’ordre, en exhortant les autres manifestants à l’attaque et en lançant des bouteilles, des pierres et en faisant exploser des cocktails Molotov (...) ».
En Italie, les émeutes anti-G8 de 2001 avaient toutefois fortement marqué les esprits. En 2017, le chef de la police italienne Franco Gabrielli avait admis que la gestion de l’ordre public avait été « tout simplement catastrophique ». Il reconnaissait des « brutalités » et même des « actes de torture » commis par les policiers antiémeutes. La répression policière fera un mort le 20 Juillert 2001, Carlo Giuliani, jeune activiste italien, tué d’une balle dans la tête, et des milliers de blessés, y compris parmi de nombreux manifestants pacifistes.
Après une heure et demi d’attente, l’avocate et les quelques amis qui ont pu entrer dans la salle d’audience ressortent et annoncent qu’au vu du manque d’éléments dans le dossier les avocats ont obtenu un délai d’une semaine, ils demandent un complément d’informations notamment dans le mandat d’arrêt concernant l’affaire de Gênes qu’ils estiment incomplet. La mise en délibéré aura donc lieu le 23 août à 10 heures.

D’ici là, le comité de soutien entend bien faire parler de l’affaire et continuer à mobiliser autour de l’arrestation du militant. Une réunion publique est déjà programmée mercredi à 18H au Café associatif de Rochefort-en-Terre « La Pente » où Vicenzo était bénévole.

journaliste : Taha Bouhafs

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