
Jacques Doillon, Alain Resnais, Jean Rouch, L’AN 01, France, 1h27, 1973
ON ARRÊTE TOUT !
C’est le cri des 10 000 ouvriers qui travaillaient à la construction de la pyramide de Khéops il y a exactement 4 283 ans. C’était une des toutes premières grèves de l’histoire. Pourquoi ? À cause de la diminution puis de la suppression de l’ail dans les rations alimentaires.
Tout arrêter pour protester
Pour l’ail, pour le pain, pour les roses. Parfois pour la revanche quand tous les pauvres s’y mettront. Parfois, pour rappeler que c’est aux grands capitalistes de payer leur crise. Parfois, quand la colère monte comme l’eau dans le bateau comme aujourd’hui face au mépris. Parfois pour inventer des formes nouvelles de lutte avec des moyens nouveaux. Parfois, pour une géniale et foutraque utopie comme L’AN 01, à redécouvrir aujourd’hui entre un blocage et une manif.
À voir aussi : le film de Pierre Carles, Gébé, on arrête tout, on réfléchit
En 2020, lors d’un autre arrêt imposé par le Covid, Pierre Carles revisite L’AN 01 pour relancer la réflexion sur le productivisme. On vous en causait le 5 mai 2020.
L.B.

Wikipédia, L’An 01
réalisation : Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch
scénario : Gébé (d’après sa bande dessinée)
musique : François Béranger, Jean-Marie Dusuzeau (paroles de Gébé)
acteurs principaux : Daniel Auteuil, Josiane Balasko, François Béranger
Sorti en 1973, réalisé par Jacques Doillon, le film est adapté de la bande dessinée L’An 01 de Gébé, dont le scénario avait été enrichi par les propositions via le courrier des lecteurs, lors de ses publications dans Politique Hebdo, puis Charlie Hebdo.
L’An 01 aborde des thèmes aussi variés que l’écologie, la négation de l’autorité, l’amour libre, la vie en communauté, le rejet de la propriété privée et du travail.
Le film narre un abandon utopique, consensuel et festif de l’économie de marché et du productivisme. La population décide d’un certain nombre de résolutions dont la première est « On arrête tout » et la deuxième « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés — avec réticence — que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable ».
titre : L’An 01
réalisateurs : Jacques Doillon, avec Alain Resnais et Jean Rouch
scénariste : Gébé
photographie : Renan Pollès
monteurs : Noëlle Boisson et Jacques Doillon
Date de sortie France : 22 février 1973
Daniel Auteuil : l’ex-banquier qui ne sait rien faire d’autre
Josiane Balasko
François Béranger : le chanteur guitariste des « clés »
Alain Bert
Isabelle de Botton
Madeleine Bouchez
Romain Bouteille : le collectionneur de vieux billets de banque
Cabu : un membre des conspirateurs
Jacques Canselier
Antoine Carillon
François Cavanna : un membre des conspirateurs
Professeur Choron : un membre des conspirateurs
Christian Clavier
Coluche : le chef de bureau
Véronique Colucci : la dactylo assise
Maurice Coussonneau
Christine Dejoux
Albert Delpy
Gérard Depardieu : le voyageur qui ne veut plus prendre le train
Delfeil de Ton : un membre des conspirateurs
Jean-Paul Farré : le pompiste
Lee Falk : le banquier
Marcel Gassouk
Gébé
Gotlib : le gardien de prison
Henri Guybet : le gars au réveille-matin
Jacques Higelin : le joueur de banjo
Gérard Jugnot : un goûteur
Daniel Laloux
Patrice Leconte
Stan Lee : le narrateur (scènes à New York)
Thierry Lhermitte : le goûteur d’alcool
Genèse du film
L’An 01 n’a ni premier rôle, ni personnage. Le personnage est le peuple. On y voit Coluche, l’équipe du Splendid, les collaborateurs de Hara-Kiri (à contre-emploi en réactionnaires nostalgiques de l’ordre ancien et du port de la cravate), Gotlib (en gardien de prison !), Jacques Higelin, etc.
Parmi ses conséquences possibles, il faut mentionner des attitudes qui commencèrent à devenir de plus en plus courantes à partir des années 1970 : congés sans solde, années sabbatiques, passages à temps partiel « pour avoir le temps de se cultiver un peu », et sans doute aussi l’enthousiasme de plusieurs papy-boomers à accepter (voire à demander) une préretraite à 55 ans leur permettant juste de vivre au SMIC.
Accueil critique
Dans Le Monde, en 1973, Jacques Siclier parle d’« un film exemplaire parce qu’il traduit la force d’une idée, parce qu’il prouve qu’on peut faire autrement. Vivre autrement et, d’abord, faire un film autrement ».

