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Dialogue avec la jeunesse au temps de Macron

Trente-cinq heures d’enfermement pour une poubelle brûlée, avant d’être déférés directement devant un substitut du procureur. C’est la mésaventure du week-end pour quatre lycéens de 16 ans qui participaient au blocage du Lycée Maurice Ravel à Paris contre les « E3C », les nouvelles épreuves du « bac Blanquer » qui soulèvent une large contestation. Récit et témoignages.

Comme dans 448 autres lycées en France (selon le recensement du collectif Stop Bac Blanquer !), le lycée Maurice Ravel du 20e arrondissement de Paris connaissait vendredi 31 janvier des perturbations (blocage, grève des professeurs et des élèves, boycott des épreuves). À 9h30, des lycéens brûlent une poubelle devant le lycée. Les pompiers interviennent une quinzaine de minutes plus tard, éteignent le feu sans difficulté. Les élèves, qui prennent un café en face, s’apprêtent finalement à rentrer en cours.

Soudain, plusieurs voitures de police arrivent et des agents de la BAC embarquent quatre des lycéens de Maurice Ravel pour le feu de poubelle. 24h de garde à vue plus tard, samedi 1er février, une manifestation se rassemble en soutien avec les jeunes devant le commissariat du 20e, aux cris de « LIBÉREZ NOS ENFANTS ! » Parmi eux, Stéphanie, la mère d’un des enfants de 16 ans retenus depuis 24h, n’a toujours aucune nouvelle de son fils. Une information arrive enfin de l’officier de police judiciaire : la garde à vue des quatre lycéens est prolongée.

Quelques heures plus tard, trois des quatre lycéens sont directement déférés devant un subsitut du procureur au Tribunal de Grande Instance de Paris pour « dégradation de biens d’autrui par un moyen dangereux ».

Après 32 heures d’enfermement, les lycéens sont libérés avec une simple mesure de réparation pénale : ils devront rembourser la poubelle brûlée.

Devant le tribunal, Kévin [1], l’un des 4 lycéens raconte : « Les policiers se sont très mal comportés au cours de la garde à vue, c’était des insultes, des moqueries, des brimades... Je suis asthmatique, je devais prendre des médicaments le soir avant de me coucher et le matin. Je n’ai pas vu un médecin pendant les 24 premières heures. »

Le dialogue avec la jeunesse au temps de Macron.

La contestation contre le « bac Blanquer »

Mais alors, pourquoi ces jeunes ont-ils commis le crime terroriste d’allumer un incendie de poubelle devant leur lycée ?

Depuis des mois, la colère des professeurs et des élèves gronde contre les réformes Blanquer du Baccalauréat. Pour les opposants, ces réformes vont accentuer les inégalités déjà reproduites et creusées par l’enseignement :

- Premier principe, la suppression des filières classiques (S, ES, L) et la création de parcours "individuels", avec des choix de spécialités. Les mathématiques par exemple disparaissent du « tronc commun », mais la spécialité va continuer d’aspirer les meilleurs. Un système encore plus élitiste que la « filière scientifique » qu’il remplace. Et les élèves qui ne pourront pas bénéficier de la spécialité qui n’est pas dispensée dans leur établissement auront recours... à des services privés. Evidemment, vous n’avez pas accès aux mêmes options selon que vous êtes élève dans la Creuse ou dans le 7e arrondissement de Paris.

- Deuxième principe, le contrôle continu. A priori, pourquoi pas, c’est peut-être moins bête qu’une grosse épreuve à la fin de l’année ? Sauf que le contrôle continu mis en place par Jean-Michel Blanquer accentue encore les inégalités territoriales et sociales : les épreuves communes de contrôle continu (E3C), contre lesquelles nos lycéens de Ravel se battaient vendredi, sont des épreuves de bac "locales". Pas de sujet national commun. Conséquence : votre baccalauréat vaudra moins selon que vous êtes élève dans la Creuse ou dans le 7e arrondissement de Paris. « Nous considérons que ce Bac local est une imposture à laquelle nous ne voulons pas être associé.e.s en tant que "fonctionnaires éthiques et responsables" », disent les professeurs du collectif Stop Bac Blanquer.

En guerre depuis plus d’un an contre ces réformes du baccalauréat, les professeurs dénoncent aussi la totale impréparation des premières épreuves du contrôle continu : « retards et problèmes d’accès à la Banque Nationale de Sujets, sujets conçus dans la précipitation, absence de vraies conditions d’examen, etc ». Devant le tribunal samedi soir, Kévin du lycée Maurice Ravel dénonce aussi cette précipitation : « C’est inacceptable qu’on passe des épreuves dans ces conditions, sur des sujets qu’on a pas encore vu en cours, alors qu’on est pas en retard sur le programme. Je retournerai en blocus ! »

Vendredi 31 janvier, 30% des épreuves en France étaient perturbées, selon le JDD [2] ! Un chiffre énorme.

Vous pouvez consulter ici une carte de France de la contestation des E3C.

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