C’est le moment pour déguster le meilleur de cette année LÀ-BAS : hommage à Jacques Prévert

Prévert de printemps

Le

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C’est le moment de prendre le temps pour déguster le meilleur de cette année LÀ-BAS. Voici un choix de quelques émissions qui vous ont le plus marqués cette année. Aujourd’hui : hommage à Jacques Prévert, pour les quarante ans de sa disparition.

(photo : Robert DOISNEAU, 1955)

« Prévert est mort il y a quarante ans. » Voilà ce qu’on entend partout ces jours-ci.

C’est faux évidemment, Prévert est vivant, et bien vivant, malgré tous les embaumeurs, les empailleurs, les honneurs, les statues, les décortiqueurs, et ceux qui confondent l’amour et la gynécologie.

Beaucoup aimeraient que Prévert soit mort écrasé par les hommages, par les regretteurs de bon vieux temps, ah, c’était tellement mieux avant, mais c’est fini tout ça.

Et non, Prévert est toujours en vie, écoutez Agathe, notre amie syndicaliste, dire la grève chez Citroën au théâtre de Jolie Môme, écoutez André Minvielle qui interprète Étranges étrangers alors que l’Europe laisse crever les migrants en Méditerranée, écoutez la mer qui efface sur le sable les pas des amants désunis.


[EXTRAIT] Une journée dans la vie d’Agathe [1er mai 2007]

En 2000 (il y a 17 ans !), avec toute l’équipe de LÀ-BAS, nous avions voulu rendre Prévert à la rue, au bistrot, à l’usine, aux badauds, à la source de Prévert, au langage populaire.

Prévert est tout ce qu’il y a de vivant, la preuve, il vous suffit d’avoir une bouche pour rire, des yeux pour pleurer, un cœur pour aimer, des poings pour lutter, et des oreilles pour savourer ces deux émissions de février 2000.

Jacques [une émission du 03 février 2000]
Jacques (2) [une émission du 04 février 2000]

Étranges étrangers. En 1946, Jacques Prévert écrit ce texte qui sera publié en 1951, hommage fraternel aux exilés, colonisés, apatrides, résistants, expatriés, déportés pour « avoir défendu, en souvenir de la vôtre, la liberté des autres ». Aujourd’hui, à l’heure où les portes se ferment, André Minvielle reprend a cappella. Et le silence se fait.

Jacques PRÉVERT : « Étranges étrangers », chanté par André MINVIELLE
par Là-bas si j'y suis
Merci à André MINVIELLE.

Voici le texte de Jacques PRÉVERT :

ÉTRANGES ÉTRANGERS

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
Hommes de pays loin
Cobayes des colonies
Doux petits musiciens
Soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
Au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
Embauchés débauchés
Manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
Pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère
Rescapés de Franco
Et déportés de France et de Navarre
Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
La liberté des autres.

Esclaves noirs de Fréjus
Tiraillés et parqués
Au bord d’une petite mer
Où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
Qui évoquez chaque soir
Dans les locaux disciplinaires
Avec une vieille boîte à cigares
Et quelques bouts de fil de fer
Tous les échos de vos villages
Tous les oiseaux de vos forêts
Et ne venez dans la capitale
Que pour fêter au pas cadencé
La prise de la Bastille le quatorze juillet.

Enfants du Sénégal
Départriés expatriés et naturalisés.
Enfants indochinois
Jongleurs aux innocents couteaux
Qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
De jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
Qui dormez aujourd’hui de retour au pays
Le visage dans la terre
Et des hommes incendiaires labourant vos rizières.
On vous a renvoyé
La monnaie de vos papiers dorés
On vous a retourné
Vos petits couteaux dans le dos.

Étranges étrangers

Vous êtes de la ville
Vous êtes de sa vie
Même si mal en vivez
Même si vous en mourez.

Jacques Prévert (1946)

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    De l’empereur au chef de tribu, le pouvoir ne manque jamais une occasion de raccourcir la laisse et de resserrer la muselière du bon peuple. Une chouette guerre, une belle catastrophe, un petit attentat de masse et aussitôt la population sous le choc est prête à renoncer à toutes ses libertés pour un maximum de sécurité. On réclame de la police, de l’armée, de la poigne, on veut du contrôle partout, on veut de la délation numérique, on veut voir revenir la guillotine, il faut renvoyer le sans-papiers comme jadis il fallait chasser ces métèques qui venaient manger le pain des Français. C’est le temps où les grandes gueules et les fronts bas sont à la noce.

    Or, nous voilà aujourd’hui dans cette régression.

    Nous voilà dans l’angoisse et l’infantilisation. L’angoisse d’une crise sanitaire d’autant plus profonde qu’elle est incontrôlée, à quoi s’ajoute une crise économique et sociale qui dévaste les plus modestes. On compte 3 000 inscriptions nouvelles au RSA chaque jour. Mais ce n’est pas tout, deux attentats terroristes à la suite sont venus traumatiser le pays d’autant plus violemment que le gouvernement et les grands médias ont exacerbé ces drames à outrance, avec une vague d’incitation à la haine raciale propagée par le pouvoir lui-même.

    Et quelle opposition pour contredire et pour contenir ? Rien ou presque. À peine quelques voix éparpillées. Les conditions de confinement et la peur ambiante rendent difficile les échanges, les débats, les manifs et tout ce qui est nécessaire pour la vie de l’opposition et de la contestation. L’exercice du jeu démocratique minimum nécessaire s’en trouve gravement entravé. On ne parle pas de radicalité ni de grand soir, mais de l’opposition la plus ordinaire.

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    Ami abonné, ces dernières semaines, le jeune ministre Darmanin a beaucoup gesticulé autour de la loi contre les « séparatismes ». Objectif, entre autres : faire passer en douce un certain nombre d’articles particulièrement gratinés en terme de… comment dire ?… Libertés publiques ? Désormais, les policiers dangereux – et il en existe – devront être floutés pendant l’exercice de leurs bavures. Merci Darmanin !

  • Entretien avec Monique Pinçon-Charlot, version texte Monique Pinçon-Charlot : « mais où est passé le monde de demain ? » Abonnés

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    C’est reparti pour un tour. Le « monde d’après », c’est pas pour tout de suite tout de suite. Depuis quelques jours, la France (comme d’autres) fait face à une nouvelle « confinerie ».

    Pour Monique Pinçon-Charlot, sociologue, ancienne directrice de recherche au CNRS et amie de Là-bas de longue date, « on est entrés là dans une phase de violence terrible, mais qui est toujours ouatée, toujours minimisée, parce qu’il ne faut surtout pas que les gens comprennent la réalité de ce qui va advenir ». Alors comment faire face ? Comment hurler avec un masque ? Avant tout, analyser les échecs passés et avoir le « courage de sortir du confort moelleux et de la bonne conscience de ce marché de la contestation sociale ». Voici la version écrite de cet entretien du 6 octobre dernier à lire à oreille reposée.

    Daniel Mermet — Monique, salut ! Ce Covid est vraiment une aubaine formidable pour nos adversaires !

    Monique Pinçon-Charlot — L’aubaine, ils la pressurent. Ils l’utilisent. Ils l’instrumentalisent. Ils iront jusqu’au bout du bout !

    Daniel Mermet — Nous avons fait un entretien ensemble fin mars où tu étais très radicale – « il faut penser un monde nouveau » – et tu espérais qu’on allait vers une bifurcation. Quelques mois plus tard, quel bilan fais-tu, dans quel état d’esprit te trouves-tu ?

    Monique Pinçon-Charlot — Je dirais que c’est le livre noir du capitalisme qui continue à s’écrire. Toujours plus noir. Toujours plus sombre. Toujours plus violent. De sorte qu’il n’y a pas non plus vraiment de surprise.

    Dans cet entretien, il me semble qu’on avait parlé du livre de Naomi Klein, La Stratégie du choc. Montée d’un capitalisme du désastre, pour aller toujours plus loin. Là on n’est pas déçus, c’est exactement ce qui se passe. Au fond, si on a été nombreux à se laisser prendre à ce « monde d’après », à tout d’un coup se dire : « ça y est, les gens vont comprendre la gravité de la situation et tout le monde va se secouer et il va y avoir une énergie positive pour construire un monde nouveau », c’est parce qu’on est un peu dans le déni.

  • « LE JOURNALISME DOIT DÉFIER L’AUTORITÉ. » Le journaliste Robert Fisk est mort à 74 ans QUAND ROBERT RENCONTRE BEN LADEN Accès libre

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    Le grand journaliste Robert Fisk est mort. Pas du tout l’air d’un baroudeur, mais plutôt d’un brave irlandais, amateur de rugby, qui sort de son pub. Depuis quarante ans, il était sur tous les coups et toutes les guerres : Liban, Syrie, Irak, Iran, Algérie, Bosnie, Afghanistan, la liste est longue. Toujours à rebrousse-poil et à contre-courant, toujours sur le terrain, le calepin à la main. Contesté, jalousé, respecté, ses papiers – très suivis par le public – agaçaient les professionnels de la profession. Il avait reçu quantité de prix et de récompenses.

Une sélection :

« Les idées qui traînent dans l’air » Naomi Klein : le coronavirus du capitalisme Accès libreVoir

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La crise est-elle une opportunité pour le capitalisme ? Va-t-il appliquer sa stratégie du choc pour nous faire avaler des choses qui nous semblaient impossibles il y a un mois ? Tout dépend des idées qui traînent dans le fond de l’air et de celles qui s’imposeront. Et justement, il y a, dans l’air, des idées qui pourraient nous être favorables.

Avec Martine Bulard du Monde diplomatique Retraites : pourquoi la bataille n’est pas finie AbonnésÉcouter

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« Nous avons obtenu le retrait de l’âge pivot, une victoire pour la CFDT ! » Voilà comment Laurent Berger, le patron de la CFDT, a salué la prétendue suspension de « l’âge pivot ». Une entourloupe du premier ministre pour gagner du temps et convaincre la CFDT de cesser le mouvement. Deux autres syndicats, l’UNSA et la CFTC, ont également salué les déclarations d’Édouard Philippe. Et cette semaine, le trafic reprend progressivement à la RATP et à la SNCF. Alors finie, cette grève ? Entérinée, cette réforme ? Pas tout à fait, après un mois et demi de grève, d’autres journées de mobilisation et de grève sont annoncées par les syndicats toujours opposés à la réforme. Et surtout, système à points, « âge d’équilibre » : les principales raisons de la colère des Français sont toujours là, dans le projet de loi du gouvernement.