Hongkong, championne des inégalités Abonnés

1

Le

Le 1er juillet 2019, les manifestants ont envahi le Conseil législatif (Legco) de Hongkong (photo : China Daily)

Mais que se passe-t-il à Hongkong ? Que se passe-t-il pour que les radios et télévisions françaises nous rendent compte pendant tout l’été, quasi quotidiennement, de la mobilisation des Hongkongais ?

La couverture des manifestations de Hongkong par les principaux médias français est frappante tant elle semble à l’exact inverse de celle des « gilets jaunes » : manifestants « pacifistes », violence « symbolique », tentative du pouvoir de discréditer le mouvement, agents provocateurs, dénonciation des violences policières…

On se souvient des réticences qu’avaient suscitées les « gilets jaunes » dans la matinale de France Inter [1]. Le 6 août dernier, l’éditorialiste « géopolitique » estival de la station publique, Anthony Bellanger, n’a pas la même prudence pour parler des manifestants hongkongais :

« Laissez-moi d’abord vous dire toute l’admiration – l’admiration – que j’éprouve pour cette belle jeunesse hongkongaise, rapidement rejointe par l’ensemble de la population de l’ancienne enclave britannique, une population qui résiste encore et toujours à un régime orwellien. […] Il y a tout de même quelque chose de très spécifique à Hongkong : la modernité tout asiatique. Les jeunes Hongkongais utilisent des lasers, hein, pour aveugler les policiers chinois qui tentent de les photographier. Ils ont organisé des "commandos" spécialisés dans la neutralisation des bombes lacrymogènes, d’autres pour évacuer les blessés, ils multiplient les vêtements et les équipements bigarrés pour étourdir d’informations contradictoires les forces de l’ordre. Ils sont déterminés et organisés, mais aussi joyeux ! [2] »

On aurait aimé entendre le même enthousiasme quand il s’agissait des dangereux « black blocks » encagoulés sur les Champs-Élysées…

Mais il est visiblement plus facile de comprendre les manifestants quand ils luttent contre un « régime impérial et martial, pour qui l’impavidité est tout, et l’indécision mortifère [3]. » Un régime dont la télévision publique, la China Central Television, rappelle le savoir-faire de la France en matière de maintien de l’ordre, et en particulier la loi « anti-casseurs » qui a permis à Christophe Castaner d’interdire aux manifestants de dissimuler leur visage : « les manifestants se disent pacifistes, alors pourquoi ont-ils besoin d’être "équipés" ? Parce qu’ils savent qu’ils commettent des crimes. La France a voté une loi qui interdit aux manifestants de porter un masque. Manifestants de Hongkong, oserez-vous enlever vos masques ? »


Cela fait donc trois mois que des centaines de milliers de Hongkongais (jusqu’à 1,7 million de manifestants, pour une population totale de 7,2 millions) manifestent en faveur d’élections libres dans leur « région autonome spéciale ». Si les principales revendications mettent en avant les aspirations démocratiques des Hongkongais, le système capitaliste hérité de la colonisation britannique génère des inégalités très violentes et une crise sociale qui alimente la colère : plus de 20 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, alors même que Forbes classe Hongkong comme la deuxième ville comptant le plus de milliardaires, après New York [4].

Alors qu’une nouvelle manifestation prévue samedi 31 août est d’ores et déjà interdite par le pouvoir, voici quelques clefs pour comprendre la mobilisation à Hongkong, avec Martine Bulard, journaliste, auteure de l’article « Colère à Hongkong, poudrière géopolitique » dans Le Monde diplomatique de juillet.

Jonathan Duong

Programmation musicale :
 Do you hear the people sing ?
 Denise Ho, Anthony Wong, Deanie Ip, Kay Tse, Endy Chow et Ellen Joyce : Umbrella Revolution

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

« L’inceste, le dire et l’entendre » de Andréa Rawlins, sera diffusé le 26 septembre (Fance 3). Parmi les témoignages, celui de Corinne Masiero. Corinne Masiero et les Vaginites en concert pour Là-bas ! Accès libreVoir

Le

« L’inceste, le dire et l’entendre », le film d’Andrea Rawlins sera diffusé le 26 septembre à 23:10 sur FR3. Parmi les témoignages, celui de Corinne Masiero. Voilà un bon prétexte pour (re)voir la vidéo du concert de CORINNE MASIERO et LES VAGINITES du 28 mars pour la chaude (!) soirée de LÀ-BAS à la Flèche d’or.

Un album en images de la montée au mur des Fédérés Depuis 150 ans, comment a-t-on commémoré la Commune ? Accès libreVoir

Le

Chaque année, au temps des cerises, nous célébrons la Commune de Paris. Chaque époque a sa manière de commémorer : 1936, 1945, 1971, 2021… Des images qui en disent plus sur le présent que sur la Commune elle-même ! Des trotskystes aux libertaires, du communiste Maurice Thorez au socialiste Pierre Mauroy, des survivants des camps nazis aux francs-maçons, de l’Union des femmes françaises à Force ouvrière, voici quelques images au fil du temps pour dire : la Commune n’est pas morte !

Leon Redbone est mort « à 127 ans » Ne parlez pas de moi quand je serai parti Accès libreVoir

Le

Leon Redbone a poussé l’élégance jusqu’à permettre au journaliste du service « nécrologie » de profiter de son week-end. « Please don’t talk about me when I’m gone », avait-il chanté. Crooner anachronique, dandy énigmatique, un look à la Zappa et la moustache de Groucho (qui lui-même affirmait avoir emprunté sa moustache à sa femme de chambre). Impeccable prince sans rire, vendredi, Leon Redbone a fait cet élégant petit salut de la main en effleurant le bord de son panama. Le dernier. N’en parlons plus, donc. Mais écoutons. Leon laisse un merveilleux chef-d’œuvre de musique populaire, originale, belle et drôle. Qui peut résister à son Diddy Wa Diddie, son Shine on harvest moon ou son Champagne Charlie ? Chapeau !