Faut-il prendre au sérieux ces galonnés à la retraite et leurs petits copains qui jouent avec les allumettes ? Entretien avec Claude Angeli (Le Canard enchaîné)

Gifle et bruit de bottes : l’extrême droite déboutonnée Abonnés

1

Le

(photo : Christophe Morin/IP3)

La gifle subie par Emmanuel Macron s’inscrit dans une montée de l’extrême droite sous toutes ses formes. En choisissant la peur sécuritaire, dans le cadre de son marketing électoral, le gouvernement actuel favorise clairement cette surenchère qui s’étale avec succès dans les médias comme dans la vie courante.

Ainsi, tout récemment, la « tribune des militaires » publiée par le magazine d’ultra-droite Valeurs actuelles (auquel Emmanuel Macron avait d’ailleurs accordé un important entretien) : « guerre civile », « intervention de nos camarades d’active », « hordes de banlieue », « valeurs civilisationnelles »… C’est peu de dire que cette « tribune des militaires » a fait grosse impression. Faut-il prendre au sérieux ces galonnés à la retraite tout droit sortis d’une BD de Cabu ou de Gotlib ? Y a-t-il vraiment 58 % de l’opinion qui les soutient ? Et plus généralement, que faire devant cette extrême droite de plus en plus déboutonnée ? Éléments d’explications et de décryptage avec Claude Angeli du Canard enchaîné, l’économiste Claude Serfati et le général à la retraite Hugues de Courtivron.

[EXTRAIT] Gifle et bruit de bottes : l’extrême droite déboutonnée [RADIO]

Rarement la « grande muette » a été aussi bavarde. Depuis un mois et demi, des militaires sortent de leur réserve avec fracas. Tout a commencé par une tribune signée par 20 généraux, « pour un retour de l’honneur de nos gouvernants », publiée sur le site d’ultra-droite de Valeurs actuelles. L’antiracisme, les « hordes de banlieue » et le « laxisme » des politiques sont dans le viseur des haut gradés, qui n’excluent pas qu’une intervention de leurs « camarades d’active » (pas à la retraite, donc) soit nécessaire afin d’éviter… une « guerre civile ».

Et le texte est publié un 21 avril : un double symbole éloquent, c’est à la fois l’anniversaire du putsch d’Alger du 21 avril 1961, et celui de l’accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle le 21 avril 2002.

Aussitôt, Marine Le Pen (pas si dédiabolisée que ça) invite les signataires à se « joindre à [son] action pour prendre part à la bataille qui s’ouvre ». Le sommet de l’État, lui, réagit tard, et mollement. Certains à gauche, comme Jean-Luc Mélenchon, prennent l’affaire très au sérieux, y voyant l’action d’une frange « factieuse » de l’armée, qu’il faut neutraliser. Pour les militaires et pour Valeurs actuelles, l’essentiel, c’est qu’on parle d’eux. Et ça marche. C’est ce qui s’appelle une opération politico-militaire rondement menée [1]. Valeurs actuelles doublera même son coup médiatique en publiant un deuxième texte le 9 mai : une pétition de soutien à la tribune, signée par des militaires d’active anonymes…

Mais faut-il lire entre les lignes un risque de sédition dans l’armée ? Ou bien un soutien à Marine Le Pen pour 2022 ? Plume modeste et géniale du Canard enchaîné, spécialiste des questions de défense, Claude Angeli nous explique que ces tribunes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les militaires sont sous l’emprise des idées de l’extrême droite, et assument désormais d’agir « comme un lobby ».

Il nous révèle l’existence d’un rapport du « cercle de réflexion interarmées » (CRI) autrement plus inquiétant. Signé par des officiers généraux et des officiers supérieurs, il a été envoyé le 14 avril à tous les présidents des groupes politiques de l’Assemblée nationale et du Sénat, ainsi qu’aux ministres des Armées et de l’Intérieur. Ce qu’ils écrivent témoigne de leur perméabilité à la théorie du « grand remplacement » de Renaud Camus.

Claude Serfati, membre de l’IRES (Institut de recherche économique et sociale) et auteur du livre Le Militaire. Une histoire française (éditions Amsterdam), abonde : ce rapport est « plus représentatif des mouvements profonds au sein de l’armée » que les tribunes qui ont fait tant jaser [2].

Un reportage de Mathieu Dejean, avec Claude Angeli, Claude Serfati et Hugues de Courtivron.

Programmation musicale :
- Armand Mestral : Ce que c’est qu’un drapeau

Abonnez-vous pour accéder à tous nos contenus, c’est très simple !

Depuis 1989 à la radio, Là-bas si j’y suis se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante. L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

Je m'abonne J'offre un abonnement

Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

Frédéric LORDON publie« Figures du communisme » aux éditions La Fabrique. Un entretien en deux parties Frédéric Lordon, le capitalisme nous détruit, détruisons le capitalisme (1/2) AbonnésVoir

Le

Il est remonté Lordon, et son bouquin vous remonte, un vrai coup de printemps dans cette odeur de renfermé et de renoncement flageolant. Angoisse, précarité, inégalités, réchauffement, asphyxie et maintenant pandémie. Ça fait beaucoup et c’est clair, le capitalisme détruit nos vies. On peut essayer de lui limer les griffes, lui mettre du caoutchouc sur les crocs, lui apprendre à manger de la salade, lui faire des petits bisous, il s’en fout. On en voit à gauche tout penauds, qui négocient comme au temps de l’esclavage on aurait négocié la longueur de la chaîne et le poids des boulets. Il faut choisir : ou bien on dit « un autre capitalisme est possible » et on le réforme et on le corrige et on lui trouve des chouettes idées et on le renforce. Ou bien on comprend qu’il nous mène au désastre général et qu’il faut tout changer. Tout en profitant de la période qui finit, celle du développement matériel, à nous d’inventer enfin l’histoire du développement humain. Voilà qui vous remet de l’air dans les bronches !

« On lâche rien », c’est eux qui chantent ça, les larbins du capitalisme, tous en chœur dans leurs Covid parties, on lâche rien sauf les chiens, sauf les chars. Les chars, oui. Lordon rappelle 1973 à Santiago du Chili, quand un vrai socialisme était là pour de vrai. On peut rappeler la Semaine sanglante, on peut rappeler ceux qui ont préféré Hitler au Front populaire, on peut évoquer les véhicules blindés qui furent envoyés par Macron contre les « gilets jaunes », et aujourd’hui la spéculation sur les vaccins qui va laisser pourrir des milliers d’êtres dans le monde. Et bien sûr, un capitalisme propre sur lui, bien déguisé en démocratie comme le loup qui se déguise en gentille grand-mère. Des élections, ah oui, très bien, à condition que les blancs bonnets remplacent les bonnets blancs, et le contraire aussi dans un affrontement passionnant. Mais pas davantage. Sinon revoyez les aventures de la Grèce en 2015. Tout le bouquin de Lordon peut se résumer à la phrase de Bertolt Brecht : « le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, il est son évolution par temps de crise ».

Émission spéciale « Doléances et Résistances » en public HAYANGE, CEUX QUI FONT FACE AU FRONT [INTÉGRALE RADIO] AbonnésÉcouter

Le

C’est curieux, le maire d’Hayange n’a pas aimé notre affiche, il l’a fait arracher et même il l’a fait repeindre en bleu ! Lui qui aime tant le cochon, lui qui fait la Fête du cochon. Hayange est l’une des onze nouvelles villes conquise par le Front National lors des municipales de 2014. Ancien militant de Lutte Ouvrière et de la CGT,le jeune maire d’Hayange est devenu célèbre en se convertissant subitement à l’extrême-droite. Il est aussi très malin pour lancer des petites ou des grosses provocations qui font le beurre et le bonheur des médias qui viennent du monde entier dans cette ville de Moselle frappée par les politiques néo-libérales.