Le CNR fête ses 80 ans. Reportage (2004) RADIO/PODCAST

Conseil national de la Résistance : ils savaient que c’était impossible alors ils l’ont fait

Le

Cet article est en accès libre grâce aux abonnés modestes et géniaux, mais…

…sans publicité ni actionnaires, Là-bas si j’y suis est uniquement financé par les abonnements. Sans les abonnés, il ne nous serait pas possible de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre indépendance  : rejoignez-nous  !

Je m'abonne J'offre un abonnement

Membres du Conseil National de la Résistance autour de son président Georges Bidault (Démocrate Chrétien).
De gauche à droite : Jacques Debû-Bridel (fédération républicaine et Républicains nationaux) ; Pierre Villon (Front National) ; Gaston Tessier (Confédération française des Travailleurs) ; Robert Chambeiron (secrétaire général adjoint du C.N.R.) ; Pascal Copeau (Libération Sud) ; Joseph Laniel (Alliance Démocratique) ; Lecomte-Boinet (Ceux de la Résistance) ; Georges Bidault ; André Mutter ; Henri Ribière (Libéartion Nord) ; Daniel Mayer (Parti socialiste S.F.I.O) ; Jean-Pierre Lévy (Franc-Tireur) ; Paul Bastid (Parti radical et radical-socialiste) ; Auguste Gillot (P.C.F) ; Pierre Meunier (secrétaire général du C.N.R) et Louis Saillant (C.G.T.).

[RADIO] Conseil National de la Résistance : Ils savaient que c’était impossible alors ils l’ont fait


Écouter le reportage :

En pleine guerre ils imaginent l’après, et la paix, tout en organisant la Résistance et ses élans éparpillés

Ils ont des convictions différentes et même opposées, mais ils ont un point commun essentiel, la Résistance avec une majuscule. Ils construisent un programme « qui combat et qui prévoit ». Ils empruntent le titre d’une chanson américaine, « Happy Days Are Here Again », qui résume génialement leur projet : LES JOURS HEUREUX.

Le 27 mai 1943, à Paris, Jean Moulin réunit pour la première fois le « CNR », qui aboutira, le 15 mars 1944, à un programme qui va entraîner le plus grand cycle de réformes économiques et sociales depuis la Révolution française. Des conquêtes toujours menacées depuis, toujours reprises et toujours à défendre.

Mais comment ce genre de « programme commun » a pu être adopté par des représentants de tendances politiques et de milieux sociaux si différents et même opposés ? C’est qu’avant tout ils ont un ennemi commun et surtout ils ont un lieu commun, la France.

Cette année le programme du Conseil National de la Résistance célèbre ses 80 ans. Un anniversaire pas trop célébré au pays de Macron mais pourtant, un évènement qui a apporté, selon un certain général de Gaulle, « des changements d’une portée immense » : la Sécurité sociale pour tous, la retraite pour les vieux travailleurs, les services publics, entre autres. Des choses qui nous semblent normales aujourd’hui, et dont nous ignorons l’histoire, mais qui ont été obtenues de haute lutte, alors que le pays était totalement en ruine à la Libération.

Aujourd’hui, au pays de Macron, septième puissance économique mondiale, on ne pourrait plus assurer la solidarité pour toutes et tous. Une inlassable propagande nous a mis ça dans la tête comme une évidence depuis des années. Une doxa, quelque chose qui va de soi, qui ne se discute pas.

C’est cette même doxa que les résistants du CNR ont mise à nu, victorieusement. Dés 1943, après la victoire de Stalingrad, ils comprennent que le vent à tourné et que la guerre aura une fin. Mais ensuite, que faire ? Quel monde voulons-nous ? C’est cette suite qu’ils imaginent. Plutôt que de creuser ce qui les sépare, ils cherchent ce qu’ils ont en commun, c’est la clé de leur réussite. Ils parviennent notamment, ensemble à souhaiter « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie. »

Sans doute la phrase la plus forte et la plus claire de ce programme.

Les « féodalités » visées étaient le grand patronat, qui avait majoritairement collaboré avec le régime de Vichy et souvent avec l’occupant nazi. En somme, ceux qui avait toujours
« préféré Hitler au Front Populaire ». Ces grands patrons auxquels de Gaulle - encore lui- aurait dit, en les recevant à la Libération : « Je n’ai vu aucun de vous messieurs, à Londres... Ma foi, après tout, vous n’êtes pas en prison. »

Plus tard, concernant le patronat, il donnera sa définition du CNPF (*) : « Un groupe de pression au service d’intérêts privés et puissants qui a usé et abusé de la faiblesse de l’État ».

Voilà qui pourrait résumer ces 80 années, c’est le programme de la revanche du grand patronat collabo, méthodiquement par tous les moyens, think-tanks, lobbies, sondages, médias... Privatisation, délocalisation, destruction de la force ouvrière, ils n’ont pas cessé de mener cette guerre.

Et là, ils vous accusent évidement de complotisme. Sauf que l’un d’eux, Denis Kessler, vend la mèche à la revue Challenges en octobre 2007 :
« Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance ».

Il est à l’époque le numéro 2 du MEDEF, adjoint au baron Antoine Seillière, patron de Wendel, héritier du maître des Forges.

Aujourd’hui ces « féodalités économiques et financières » tiennent le gouvernail du monde. Chez nous elles sont parfaitement compatibles avec l’extrême droite de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour. Le capitalisme a toujours été facho-compatible.

Depuis longtemps le gras capitaliste est l’ennemi du maigre ouvrier. Au cours des luttes sociales parfois violentes, le patronat a lâché du leste et perdu quelques plumes. Mais avec le RN il ne risque plus rien, au contraire. Le RN est l’allié et le protecteur du capitaliste, son brave chien de garde. Au populo en colère qui s’approche du palais avec des fourches et des faux, il explique que la souffrance du peuple - que d’ailleurs bien sur il partage - ne vient pas de ce bon maitre mais de cet étranger là-bas, ce métèque fourbe et islamiste qui vient vous ôter le pain de la bouche et voiler et violer vos filles.

Et ainsi nous voila passé de l’opposition sociale à l’opposition raciale, du mépris de classe au mépris de race. Il faut dire que depuis des années le bilan des luttes sociales est bien maigre. Depuis les gilets jaunes jusqu’aux énormes manifs contre la réforme des retraites, rien n’a été concédé, pas la moindre miette. On en conclut que la lutte sociale ne mène à rien, c’est une impasse. Et on glisse vers une autre adversité, la plus ancienne au monde, celle du bouc émissaire, celle de l’étrange étranger comme cause de nos malheurs, la menace du grand remplacement, aujourd’hui l’arabe, demain à nouveau le juif, comme hier le rital, le polak, l’espingouin, le manouche...

En bouchant toutes les issues de la contestation sociale, Macron, le président des riches, favorise l’extrême droite pour le plus grand bonheur de son monde.

Mais il y a aussi l’effet limité des vaccins.
C’est avec des millions de morts et des crimes sans nom de la Shoah à Hiroshima qu’a été produit le vaccin « Plus jamais ça ». Mais 80 ans après, il perd son efficacité.

Il y a 20 ans, pour célébrer les 60 ans du programme du CNR, l’association ATTAC avait réuni quelques-uns des acteurs de cette aventure, avec Giv Anquetil nous étions allés à leur rencontre.

Tous sont disparus aujourd’hui, mais ils sont là.

Cette rediffusion est un hommage et veut être une piqûre de rappel.

Daniel Mermet

Maurice Kriegel Valrimont
(1914-2006) Deputé. PCF. Résistant

Jean-Pierre Vernant
(1914-2007) Historien, Anthropologue
militant PCF. Résistant

Marc Ferro
(1924-2021) Historien. Enseignant, Résistant.

Philippe de Charte
1919-2014. Homme politique. Résistant

Stéphane Hessel
1917-2013 Diplomate. Écrivain. Résistant]



LES JOURS HEUREUX, PROGRAMME D’ACTION DE LA RÉSISTANCE :


Vous n’avez pas de plugin PDF mais vous pouvez télécharger le fichier.

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

Une sélection :

Avec Éric Hazan, qui publie « Le tumulte de Paris » (La Fabrique) Éric Hazan : « Le danger, c’est que la Commune perde son sens révolutionnaire pour devenir une image d’Épinal » AbonnésÉcouter

Le

À Belleville, dans les rues où se tenaient les dernières barricades de la Commune de Paris, l’écrivain et éditeur Éric Hazan rend hommage aux insurgés, et remet les récupérateurs de mémoire à leur place. Cent-cinquantenaire de la Commune oblige, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a décidé de commémorer l’événement en grande pompe, à grand renfort de cérémonies officielles, du 18 mars au 28 mai. Le programme a même un nom : « Nous la Commune ! », et il a été vigoureusement dénoncé par les élus de droite au conseil de Paris… « Nous », vraiment ? Il ne faudrait pas que la mémoire de la Commune de Paris, à l’occasion de cet anniversaire, passe pour lisse, neutre, et finalement consensuelle.

Un entretien de Daniel Mermet avec John Shipton, le père de Julian Assange. VIDÉO et radio (PODCAST) LIBÉREZ ASSANGE ! LIBÉREZ PROMÉTHÉE ! La France doit accorder l’asile à Julian Assange AbonnésVoir

Le

La Haute-Cour de Londres a annulé, ce vendredi 10 décembre, une première décision qui empêchait l’extradition de Julian Assange aux États-Unis. La justice britannique devra donc statuer à nouveau sur la requête des États-Unis, qui veulent juger le fondateur de WikiLeaks pour avoir diffusé des documents confidentiels repris par les médias du monde entier. Aux États-Unis, Julian Assange risquerait 175 années de prison. Comment sauver Assange ? Il faut que la France lui accorde l’asile ! C’est ce que réclament beacuoup de ses soutiens, dont son père John Shipton, que nous avons rencontré le mois dernier lors de son passage à Paris.