Aude Lancelin reçoit Bruno Latour

Bruno Latour : « Le peuple a été froidement trahi » Abonnés

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On ne comprend rien aux positions politiques dans le monde depuis 50 ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du dérèglement climatique et surtout à sa dénégation. Tel est le point de vue développé par le philosophe Bruno Latour, l’un des penseurs français les plus connus au sein du monde anglo-saxon, dans son nouveau livre : Où atterrir ? Comment s’orienter en politique (La Découverte).

Une réflexion extrêmement originale sur notre situation, qui entend lier dans une même chaîne de causalité la dérégulation financière depuis les années 80, la climato-scepticisme qu’on a vu croître dans les années 2000, et l’extension actuellement vertigineuse des inégalités.

Tout se passe au fond comme si, compte tenu des perspectives climatiques désastreuses, un petit groupe de super riches en était arrivé à la conclusion qu’il n’y avait plus assez de place sur terre pour tout le monde, et que l’idée même d’un monde commun devait être abandonnée. Ainsi, l’auteur de Nous n’avons jamais été modernes et de Politiques de la nature explore-t-il sous un jour nouveau la question du Brexit et de l’élection de Trump, mais aussi plus largement celle des migrations, et de la montée des « populismes », que lui interprète comme un désir somme toute hélas bien compréhensible de revenir aux anciennes protections de l’État national. Un désir à la fois panique et totalement vain, comme on le verra dans l’entretien.

Dans un des livres certainement les plus engagés qu’il ait écrit, Bruno Latour évoque un peuple « froidement trahi » par une classe mondiale de puissants, qui ont abandonné en cours de route l’idée de réaliser la croissance pour tous, faute d’une planète capable de supporter la démesure du système qu’ils lui ont infligé, mais se sont bien gardés d’en avertir les populations.

On trouvera aussi chez le philosophe une remise en cause des médias courageuse et particulièrement pertinente. À travers la création du concept d’« alternative facts », et la pente à voir du « complotisme » derrière chaque effort de lucidité, les journalistes ont voulu s’exonérer de toute responsabilité, et s’auto-persuader que le peuple avait perdu pied par rapport à la réalité, suscitant la création de véritables monstres politiques. Or chacun sait que les médias n’ont pas qu’un peu contribué à les abreuver de mensonges sur les points politiquement les plus décisifs. « Il n’est donc pas étonnant que les gens croient à des faits alternatifs, quand on les fait vivre dans des mondes alternatifs. » Au passage, Latour rappelle salutairement que les faits ne tiennent pas tout seuls, « sans monde partagé, sans institution, sans vie publique », et que la responsabilité des soi-disant élites est donc écrasante dans cette affaire. Un penseur qui s’exprime rarement en France, à découvrir dans cette nouvelle édition de « La Guerre des idées ».

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journaliste : Aude Lancelin
réalisation : Jonathan Duong et Cécile Frey
son : Alexandre Lambert

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Dans les livres

  • Où atterrir ?. Comment s’orienter en politique

    On ne comprend rien aux positions politiques dans le monde depuis 50 ans, si l’on ne donne pas une place centrale à la question du dérèglement climatique et surtout à sa dénégation. Tel est le point de vue développé par le philosophe Bruno Latour, l’un des penseurs français les plus connus au sein du monde anglo-saxon.

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    Les égoutiers sont en tête parmi les « premiers de corvée ». Ils sont fortement exposés à un nombre incalculable de bactéries et à des maladies graves, comme la leptospirose, qui s’attrape par l’urine de rat, ou l’hépatite E qui s’attaque au foie. Ils ont une espérance de vie inférieure de sept ans à la moyenne des Français, et même de dix-sept ans par rapport à un cadre. Aujourd’hui, face au virus présent dans les eaux usées, ils demandent des protections et des garanties. Sans réponse, ils se sont mis en grève.

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    Comment ça c’est passé du côté psychiatrique ? On s’en doute, angoisse et enfermement forcé ont entraîné délires et « pétages de plomb ». Les urgences psychiatriques ont vu arriver des crises inconnues jusque-là. En France, selon Santé publique France, le sentiment d’anxiété est passé de 13,5 % en mars 2017 à 26,7 % à la fin mars de cette année. Parent pauvre de la médecine, la psychiatrie a vécu l’épidémie plus difficilement, et ce n’est pas vraiment une surprise. Depuis 40 ans, le nombre de places en psychiatrie dans le secteur public a considérablement baissé, passant de 120 000 lits en 1980 à 41 000 en 2016. La psychiatrie est sous-financée depuis des décennies.

  • TETSU : dessins des QUE et des Q CONNAISSEZ-VOUS TETSU ? Abonnés

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    « Mes personnages sont des gens sérieux qui se sont mis dans des situations bizarres. » C’est ce que disait Tetsu de ses dessins.

    On les trouvait partout dans les années 1960, de France Dimanche à Paris Match, en passant par Noir et Blanc. Des petits bourgeois désespérément humains, qui ressemblaient aux lecteurs. C’était l’époque de Chaval, Bosc ou Mose. Un rire noir et grinçant devant un quotidien étriqué et absurde. Et une sorte de tendresse pour les inadaptés définitifs que nous sommes. On ne mesure pas l’influence énorme de ces petits dessins sur les idées qu’un être humain se fait du monde et de lui-même. Ça passe sous les radars des experts culturels. De la sous-culture, comme ils disaient. Et c’est leur chance et leur force à ces petits dessins. Ce que cette bourgeoisie éduquée appelle la vulgarité, ça les protège et nous avec.

    En réalité, Tetsu s’appelait Testu, Roger Testu. Il avait fait différents boulots, directeur dans la distribution de la presse, patron d’une savonnerie, marchand de tableaux et en 1951, à presque 40 ans, il s’est mis à peindre, puis à dessiner. Un grand succès, des livres, des prix, il n’a pas arrêté, il aurait fait 20 000 dessins. À 94 ans, en 2008, il a refermé son encrier. Il a fait l’admiration des meilleurs, Willem, Siné, Lefred-Thouron ou Topor, qui disait : « Gloire à Toi / Ô Tetsu / Dont la plume ne nous a jamais déçus ».

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    Pas de Didier Porte cette semaine, il profite du pont de l’Ascension pour se reconfiner provisoirement sur son yacht. En attendant son retour, Didier a demandé à notre « employé de la semaine » quasi permanent, Jonathan Duong, de le remplacer au pied levé pour cette revue de presse hebdomadaire. Au menu cette semaine :
    - coronawashing, suite, les marques voient enfin le bout du tunnel avec ce déconfinement synonyme pour elles de réouverture des magasins ;
    - contrairement aux idées reçues, certains bourgeois aussi ont souffert du confinement, essentiellement à cause de l’absence de personnel qui est habituellement à leur service ;
    - et un hommage à Michel Piccoli.

Une sélection :

Didier Porte Hebdo : chaque vendredi, la revue de presse indispensable ! Didier Porte dissèque le coronawashing AbonnésVoir

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Par les temps qui courent, incertains, ouverts au pire comme au meilleur (et à l’abus de clichés idiots, déjà comme je le prouve lamentablement en cet instant même), il est fortement recommandé de se moquer des puissants (ça apaise), en premier lieu évidemment de nos dirigeants, tous plus à la ramasse les uns que les autres, mais aussi et surtout de ceux qui nous dirigent vraiment (attention, irruption imminente d’un cliché odieusement populiste), à savoir les puissances d’argent.

L’île du droit à la caresse Accès libreÉcouter

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Nous nous évitons, nous nous méfions des autres, l’enfer, c’est les autres. Gardez vos distances. On ne sait quel crétin officiel a trouvé l’expression « distance sociale ». Comment retrouver la fusion de la manif, les grappes humaines du « tous ensemble », la grande partouze de la lutte après ça ? En attendant, pour rebondir, voici une histoire d’île et de caresse.

Pour Gérard FILOCHE, MACRON fait plus fort que PÉTAIN ! La plus violente attaque contre le code du travail depuis 75 ans AbonnésÉcouter

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Profitant de la panique générale, Macron et sa bande imposent une série de « lois d’urgence sanitaire » qui constituent une attaque monstrueuse contre le code du travail. Parfaite mise en œuvre de la « stratégie du choc », ces lois prétendument provisoires risquent de passer ensuite dans le droit courant. Même si c’est difficile, c’est maintenant qu’il faut résister, sinon ce sera le retour à la normale, mais en pire.