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Alain Supiot : réfléchir à l’après-capitalisme Abonnés

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Les idées peuvent-elles changer le monde ? Pour les matérialistes, les déterministes, les réalistes, le moteur de l’histoire c’est la lutte des classes, pas les idées. Et pourtant : il y a bien des idées qui changent le monde. Prenez celle qui domine (et saccage) la planète actuellement : le néolibéralisme, et sa charpente idéologique, la croyance religieuse dans l’ordre spontané du marché. Au départ, ce n’était qu’une idée, marginale, farfelue, effondrée dans les années 30, et réhabilitée au cours des années 70 dans des cénacles obscures par des juristes et des économistes qui n’avaient alors aucune audience. Et puis cette idée a gagné, elle s’est imposée, et a imposé le marché total, partout.

Avant cette victoire idéologique du néolibéralisme, une autre idée-force était à l’oeuvre sur la planète. Une autre idée qui continue de travailler souterrainement depuis le 19e siècle : l’idée de justice sociale. Une idée vieille comme le monde, mais qui dans son actualisation moderne s’est traduite très concrètement à la sortie des grands massacres du 20e siècle par la création, un peu partout dans le monde, de l’état social et de ses trois piliers : le code du travail, la sécurité sociale, et le service public.

L’idée de justice sociale est-elle morte et enterrée par les néolibéraux ? C’est tout le contraire, selon Alain Supiot, éminent juriste et professeur au collège de France, qui nous a fait le plaisir de venir donner un cour au micro de Là-bas : l’aspiration à une société plus juste est en train de revenir au galop, inexorablement, tel « le phénix qui renaît de ses cendres. » C’est pourquoi il est urgent, aujourd’hui plus que jamais, « de réfléchir à l’après-capitalisme. » Et Alain Supiot nous y aide, en prenant à rebrousse-poil certaines de nos habitudes de pensée.

Un entretien de Jérémie Younes avec Alain Supiot, juriste et philosophe du droit, professeur au Collège de France (chaire "État social et mondialisation : analyse juridique des solidarités"), et auteur de « La Force d’une idée » (Les liens qui libèrent, 2019).

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journaliste : Jérémie Younes
montage : Cécile Frey
images : Kévin Accart
son : Sylvain Richard

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Voir aussi

À LIRE :


- Alain Supiot, « La force d’une idée », Les Liens qui Libèrent, 2019.

- Alain Supiot, « La gouvernance par les nombres », Fayard, 2015.

- Alain Supiot, « Grandeur et misère de l’État social. Leçon inaugurale au Collège de France », Fayard, 2013. (version électronique : http://books.openedition.org/cdf/2249)

- Alain Supiot, « L’esprit de Philadelphie : La justice sociale face au marché total », Éditions du Seuil, 2010.

- Les cours d’Alain Supiot au Collège de France.

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