Les villages Alternatiba ont 5 ans ! La chronique écosocialiste de Corinne Morel Darleux

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Les samedi 6 et dimanche 7 octobre, le village des alternatives Alternatiba fête les 5 ans de sa première édition à Bayonne. Tout le monde a entendu parler de ce mouvement qui a essaimé en France depuis quelques années. Mais au fait, qu’est-ce que c’est exactement Alternatiba, et ces villages des alternatives ? Corinne Morel Darleux profite de cet anniversaire pour nous l’expliquer en détails, et pour nous donner toutes les bonnes raisons de se retrouver au pays-basque ce week-end !

Jonathan Duong - Si vous ne savez pas quoi faire ce week-end, les 6 et 7 Octobre, il faudra être à Bayonne où il y aura le village des alternatives organisé par Alternatiba. Tout le monde a entendu parler d’Alternatiba depuis quelques années, mais en fait on ne sait pas exactement ce que c’est : alors Corinne prenons le temps aujourd’hui d’expliquer ce qu’est Alternatiba.

Corinne Morel Darleux - Pour comprendre d’où ça vient, il faut faire un petit retour en arrière, et notamment au sommet sur le climat de Copenhague en 2009 : c’est la première année où on a vu resurgir un début de convergence entre les questions climatiques et les questions de justice sociale. Pas mal d’associations, d’ONGs, de syndicats qui participent à ce sommet climat, organisent un « contre-sommet », espérant peser sur les décisions qui vont être prises. Sauf que, patatra, le sommet se termine une fois de plus sur une absence de décisions contraignantes ; et ça provoque un gros coup de déprime dans les milieux militants, qui fait qu’après le sommet de Copenhague, pendant quelques années, on ne voit pas grand-chose se passer – en tout cas de manière massive. Jusqu’en 2015…

Ça c’est la COP21 de Paris ?

Voilà, là les choses redeviennent visibles. Mais en réalité entre 2009 et 2015 il s’est passé deux ou trois trucs qui sont passés sous les radars, notamment du côté du pays basque. Le pays basque est très créatif en termes d’alternatives : ils ont une chambre alternative d’Agriculture, ils ont des monnaies locales complémentaires, il y a pas mal de choses qui s’inventent là-bas. En 2009 se créé une association qui s’appelle « Bizi » - qui signifie « vie » en basque – qui reprend ce flambeau de l’urgence climatique et de la justice sociale, avec un mot d’ordre qui est de passer, plutôt que par les grands discours théoriques, par l’action locale et concrète !

Il y a une histoire, quand même, au pays basque de lutte, de résistance et d’indépendance !

Et il y a aussi un héritage et une présence syndicaliste, encore aujourd’hui, très importante au pays-basque. Nord comme Sud, côté français comme espagnol. Et c’est de ce milieu syndicaliste qu’est issu l’un des personnages clés de Bizi, puis d’Alternatiba, qui est Txetx Etcheverry. Il est l’un des penseurs du premier village des alternatives qui a eu lieu à Bayonne il y a 5 ans. Il n’est pas tout seul bien sûr, il s’inspire de ce qui s’est fait ailleurs, et notamment des méthodes d’actions d’Act Up, puisque Didier Lestrade [1] est aussi un compagnon de route de cette aventure. Et donc ils vont aller chercher un peu comme ça tout ce qui s’est fait en matière de résistances, de plaidoyers, d’actions directes, avec ce principe qui est fondamental dans tout ce mouvement climat qui est le principe de la non-violence.

Bizi qui s’est rendu célèbre en fauchant les chaises des agences BNP Paribas, par exemple !

Voilà, on leur doit ces opérations de fauchages de chaises qui ont eu lieu pendant cette année de préparation de la COP21. Il s’agissait de prendre 196 chaises – ce qui correspond au nombre de chaises à la COP21 pour les représentants des États…

Fauchages qui ont donné lieu à une répression, à un acharnement judiciaire de la part de BNP Paribas qui a poursuivi les gens qui avaient pris ces chaises !

Oui parce que le principe était d’aller prendre ces chaises dans les banques qui pratiquent l’évasion fiscale, évidemment, ce qui par ailleurs laisse l’embarras du choix parce que…

Parce qu’il n’y en a pas beaucoup (de banques) qui ne sont pas concernées !

Voilà. Donc il y a eu des actions un peu partout en France – moi j’avais participé à une action à Lyon par exemple. Et il y a eu notamment un grand procès à Dax, celui de Jon Palais [2], qui est un militant de Bizi et d’Alternatiba, qui finalement a plutôt permis de faire parler de cette action et, du coup, de la lutte contre les paradis fiscaux, mais qui était effectivement, venant de la BNP Paribas, assez aberrant et scandaleux.

On leur doit ça, mais on leur doit aussi la création de ce mouvement, Alternatiba.

En 2013 a lieu le tout premier village des alternatives Alternatiba à Bayonne. Et la grande réussite de cet évènement a été en fait une grande surprise pour tout le monde, même pour les organisateurs : il y avait eu une année de préparation, 500 bénévoles sur place, mais tout d’un coup, on se retrouvait avec 12 000 personnes dans le vieux Bayonne, à promouvoir des alternatives. Et surtout, ce premier village avait fait des petits : deux semaines plus tard, Bordeaux annonçait la création d’un Alternatiba Bordeaux, et petit à petit, partout en France, se créaient des Alternatiba locaux, qui mettaient au point ces villages sur la base d’un petit kit méthodologique [3] et d’une charte du mouvement Alternatiba. Et ensuite, de manière autonome et locale, tout ça se développe beaucoup plus massivement et beaucoup plus rapidement que ce à quoi on s’attendait. C’est une des bonnes surprises du mouvement climat.

Et donc là les 6 et 7 Octobre, ce sera les 5 ans de ce premier village des alternatives, et l’occasion surtout de faire un point « où en est-on ? ». Il y aura des gens d’Alternatiba mais pas que, ce sera beaucoup plus large que ça, on s’attend, pourquoi pas, à être des dizaines de milliers, sachant qu’on est en plus dans un contexte de rentrée un peu particulier : on a vu tout l’été se succéder les incendies, les sécheresses, les inondations, à un rythme qui fait que même les médias dominants aujourd’hui s’emparent du sujet [4]. À un point d’ailleurs qu’on a l’impression d’être passé directement d’une forme de déni climatique type « ne soyez pas catastrophistes, on va s’en sortir » à, tout d’un coup, « c’est foutu on ne peut plus rien faire. » Sauf qu’entre les deux, il y a quand même la phase des efforts politiques, et le but de cette Alternatiba à Bayonne, c’est de montrer la différence que peuvent faire les choix politiques entre une hausse de +1,5° et une hausse de +3°, qui évidemment ne sont pas du tout la même chose en termes de conséquences à l’échelle de la planète.

Il y a donc cette prise de conscience qui commence à vraiment prendre de l’ampleur, il y a la démission de Nicolas Hulot qui provoque un petit sursaut, ou du moins qui finit de convaincre un certain nombre de personnes qui n’avaient pas encore capté que l’écologie est incompatible avec le capitalisme. Et puis il y a un rapport du GIEC…

Le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat…

…exactement, qui sort un rapport très attendu [5] sur ce fameux +1,5°, qui est censé être l’objectif maximal en termes de hausse des températures, et qui doit dire justement si cet objectif est encore atteignable… ou pas.

Donc toutes les conditions sont réunies, c’est la raison pour laquelle je pense que c’est intéressant d’être à Bayonne les 6 et 7 Octobre, c’est que finalement ce mouvement Alternatiba est en train d’inventer une autre manière de militer et de s’engager en politique. Alors, au début, on était un certain nombre à être un peu dubitatif sur le côté « petites-actions-concrètes-locales », tout ça très positif, dans la joie et la bonne humeur, qui risquait de passer à côté d’une critique un peu plus mordante du capitalisme. Et puis finalement, ce qui est en train de se passer, c’est que non-seulement ça attire beaucoup de jeunes et beaucoup de monde tout court, beaucoup plus que les partis traditionnels, les syndicats ou même les grosses ONGs, mais en plus ça politise les gens. On met en pratique un peu ce que disait Saul Alinsky [6], c’est à dire que c’est l’action qui créé la conscience, la pratique. Et bien là de fait, tous ceux que je rencontre qui sont arrivés sur un fauchage de chaises, ou sur une action locale concrète, derrière, ils ont envie de s’engager plus et de s’investir plus. Et ça donne lieu à des actions, qui restent non-violentes puisque c’est dans la doctrine d’Alternatiba et de sa branche « désobéissance civile » qui s’appelle ANV COP21 (Action Non Violente COP 21). Donc il y a une vraie politisation des participants.

Et puis surtout : ça doit nous interroger nous en tant qu’hommes ou femmes politiques ! À quel moment on acceptera-t-on de dire que « oui, c’est bien de continuer à se présenter à des élections, d’avoir une stratégie de conquête du pouvoir, de militer dans des parties, mais ce n’est pas suffisant ! » ? Si on continue, si on dit qu’il y a urgence, qu’il y a péril en la demeure, que la maison brûle etc., et bien peut être qu’il faut aussi accepter de faire de la place à d’autres formes d’actions, et qu’elles soient individuelles, collectives, nationales ou mondiales, je suis de plus en plus ébranlée par ce qui se passe, et je crois de plus en plus qu’au point où on en est, tout est bon à prendre. Et dans la série des « tout est bon à prendre », Alternatiba fait aujourd’hui la démonstration que le renouvellement politique c’est peut-être là qu’il est en train de se passer, et on espère le prouver les 6 et 7 Octobre à Bayonne.

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    Épisode 1 - JOJO L’INTERNATIONAL

    (Saint-Brieuc, février 2019)

    Pourquoi vous êtes venu ?

    Je suis sorti d’un silence religieux à une expression du peuple et des discussions interminables, et à quelques scènes de « ton élevé », on va dire. Donc c’est surprenant. Vous êtes quinze ans dans le silence, et du jour au lendemain vous arrivez au milieu de gens qui n’arrêtent pas de parler. Au début j’étais un peu perdu, je les écoutais. Ça m’a fait hyper plaisir de voir les gens communiquer, parler entre eux, se tutoyer, se serrer la main, s’embrasser. Parce qu’on n’est pas des gueux ni des vilains, on n’est plus au Moyen Âge. Je sais que la Révolution de 1789, on l’a ratée un peu, parce qu’ils étaient rois de père en fils, donc on n’avait rien à dire. Mais maintenant, on n’arrête pas de parler, et c’est surprenant. Ça fait du bien de voir le franc-parler. Et puis les gens avaient honte de dire qu’ils étaient pauvres. Maintenant, ils nous expliquent qu’ils vivent chez eux sans chauffage, ils osent le dire.

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    Ensuite, merci à Jésus. Et surtout à Monseigneur Christoph Schönborn, cardinal, archevêque de Vienne. En 2002, Gerhard Haderer publiait La Vie de Jésus, un surfeur drogué à l’encens, ce qui faisait un peu scandale dans la très catholique Autriche, si bien que le cardinal archevêque, hors de lui, crut bon de donner l’ordre à l’auteur de présenter ses excuses aux chrétiens pour avoir ridiculisé le fils de Dieu. Au passage, on le voit, l’Islam n’a pas le monopole du refus des caricatures, mais celles-ci eurent beaucoup moins d’écho chez nos défenseurs de la liberté d’expression. Et bien entendu, comme toujours, la censure assura le succès de l’album, qui atteignit 100 000 exemplaires en quelques jours.

    Le capitalisme est comparable à une autruche qui avale tout, absolument tout. Mais là, quand même, il y pas mal de dessins de Gerhard Haderer qui lui restent, c’est sûr, en travers de la gorge. On peut rêver et c’est déjà beaucoup.

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