C’est une des chansons antimilitaristes françaises parmi les plus connues. Écrite en 1923 par le grand Montéhus, sur une musique de Georges Krier, La Butte rouge a été reprise par beaucoup d’interprètes, de Leny Escudero à Marc Ogeret en passant par Les Motivés ou encore Renaud. C’était pourtant loin d’être évident pour Montéhus d’écrire une chanson pacifiste. Olivier Besancenot vous raconte pourquoi.
Paroles de Montéhus, musique de Georges Krier, La Butte rouge, 1923
Sur cette butte-là, y’avait pas d’gigolette
Pas de marlous ni de beaux muscadins
Ah, c’était loin du moulin d’la galette,
Et de Paname qu’est le roi des pat’lins
C’qu’elle en a bu du beau sang cette terre
Sang d’ouvrier et sang de paysan,
Car les bandits qui sont cause des guerres
N’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents
La butte rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le ravin
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin
Qui boira d’ce vin-là boira l’sang des copains
Sur cette butte-là, on n’y f’sait pas la noce,
Comme à Montmartre où l’champagne coule à flots
Mais les pauvr’ gars qu’avaient laissé des gosses
Y f’saient entendre de terribles sanglots
C’qu’elle en a bu des larmes cette terre,
Larmes d’ouvriers, larmes de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
Ne pleurent jamais car ce sont des tyrans.
La butte rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui grimpèrent roulaient dans le ravin
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin
Qui boit de ce vin-là boit les larmes des copains
Sur cette butte-là on y r’fait des vendanges
On y entend des cris et des chansons
Filles et gars doucement y échangent
Des mots d’amour qui donnent le frisson
Peuvent-ils songer dans leurs folles étreintes
Qu’à cet endroit où s’échangent leurs baisers
J’ai entendu la nuit monter des plaintes
Et j’y ai vu des gars au crâne brisé ?
La butte rouge c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui grimpèrent roulaient dans le ravin
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin
Mais moi j’y vois des croix portant l’nom des copains.

