Cette semaine, Olivier Besancenot vous fait découvrir un chant de bataille qui vient de loin. Il faut remercier notre abonnée modeste et géniale, Renée, qui nous a écrit pour nous signaler ce chant hérité de sa maman.
La maman de Renée a grandi dans le Sud-Ouest et lui racontait que petite, en 1920, elle avait été très impressionnée par une manifestation de paysans qui arpentaient les rues du village en chantant, armés de fourches et de faux. Cette manifestation faisait partie de la révolte des métayers du Bas-Adour et la chanson qu’entonnait ces paysans était Lous picatalòs. Olivier Besancenot vous raconte tout sur cette révolte qui, cent ans après, continue d’irriguer la mémoire des Landes.
Léonce Lacoarret, Lous picatalòs, 1901
ARREPIC
REFRAIN
Hardits ! Hardits ! Qu’èm los picatalòs
Hardis ! Hardis ! Nous sommes les piquetalos
Trabalhadors de tèrra,
Travailleurs de la terre,
E se lo seu ne’ns pèsa pas sos òs
Et si la graisse ne pèse pas sur nos os
Qu’avem tots bona hèrra,
Nous avons de bonnes dents,
Qu’èm guarruts e brinchuts
Nous sommes durs et musclés.
1
La pica au còth e pexòta au peiròu,
La pioche au cou, la sardine dans le panier,
Lo cujon plenh, los esclòps a la saca,
La gourde pleine, les sabots dans le sac,
De bon matin de cap ensus so sòu,
De bon matin, la tête sur les épaules,
Leugèrs que’n bam, de tot tems qu’èm d’ataca,
Légers nous allons, par tous temps à l’attaque,
Ne sabem pas çò qu’ei d’estar fenhant,
Nous ne savons pas ce qu’est d’être feignants,
Au Diu bibant !
Au Diou biban !
2
Paur n’avem pas, au tenelhant do só,
Nous n’avons pas peur lorsque le soleil tape,
En plegant-nse, de hà’ns croxir l’esquia.
En nous pliant de nous rompre le dos.
La cod trempada e cueits per la calor,
La peau trempée et cuite par la chaleur,
Qu’èm com humèrs qui human sus parguia.
Comme le fumier qui fume dans la cour.
Per Diu, lo hred que’ns passa en tribalhant,
Hardis ! Le froid passe en travaillant,
Au Diu bibant !
Au Diou biban !
3
Nat ne s’i pòt a nos enlòc fretar
Personne ne peut se mesurer à nous
Ni hà’ns la lei tau hòder o tau sarclatge,
Ni faire la loi pour bêcher ni pour sarcler,
N’èm pas manhècs, que nse’n podem bantar.
Adroits, nous pouvons nous en vanter.
Mes, s’èm los reis do camp e do bilatge,
Mais si nous sommes les rois des champs et de la vigne,
La carn do grex que’ns manca tròp sovent,
Le confit nous manque trop souvent,
Au Diu bibant !
Au Diou biban !
4
Sopa e burguet tot dia e hèsta annau,
Soupe et bouillie tous les jours,
Harts de mestura, entonhats de havòla,
Rassasiés de pain de maïs et de haricots,
Pomas de tèrra au cauteron dab sau,
Patates au chaudron avec du sel,
Aiga au pegar, pèrna a la caceròla...
De l’eau dans la cruche, le lard à la casserole...
Entà tot l’an unqüera uros d’avé’n,
Toute l’année, encore heureux d’en avoir !
Au Diu bibant !
Au Diou biban !
5
Qu’a bèth xirgar xens estar de leser,
Il a beau travailler sans avoir de loisirs,
Picatalòs jamei ne bairà rixe :
Le piquetalos ne sera jamais riche :
L’òs binatèr, talhant com un rasèr,
La pomme d’Adam coupante comme un rasoir,
D’untà’o dab suenh que’o defen d’estar « chiche ».
De l’huiler avec soin lui défend d’être avare,
Qu’avem un feble enta’o xuc de xarment,
Nous avons un faible pour le jus de sarment
Au Diu bibant !
Au Diou biban !
6
Praubes que n’èm, mes tabé, xens faiçon,
Nous sommes pauvres mais sans manières,
Com lo milhòc que plantam los mainatges
Comme le maïs nous faisons des enfants
Entau pais, e la nòsta xudor
Pour le pays, et notre sueur
Que hè germiar, po profèit dos menatges,
Fait poindre, pour le profit des ménages,
So tath la mustra e so camp lo hroment,
L’efflorescence sur le bourgeon et le froment sur le champ,
Au Diu bibant !
Au Diou biban !

