C’est le 10 mai 1968 que Léo Ferré interpréta la première fois cette chanson sur la scène de La Mutualité. Le 10 mai, ce fut aussi la première nuit des barricades de Mai-68. La légende raconte que le chanteur engueula son public en leur demandant de sortir rejoindre les manifestants. Aussitôt dit, aussitôt fait puisque le public était majoritairement composé de membres de la Fédération anarchiste. Cette semaine, Olivier Besancenot rend hommage aux Anarchistes… et aux anarchistes.
Léo Ferré, Les Anarchistes, 1969
Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu’en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchistes
Ils ont tout ramassé
Des beignes et des pavés
Ils ont gueulé si fort
Qu’ils peuvent gueuler encore
Ils ont le coeur devant
Et leurs rêves au mitan
Et puis l’âme toute rongée
Par des foutues idées
Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Qu’on ne les voit jamais que lorsqu’on a peur d’eux
Les anarchistes
Ils sont morts cent dix fois
Pour que dalle et pourquoi ?
Avec l’amour au poing
Sur la table ou sur rien
Avec l’air entêté
Qui fait le sang versé
Ils ont frappé si fort
Qu’ils peuvent frapper encore
Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et s’il faut commencer par les coups de pied au cul
Faudrait pas oublier que ça descend dans la rue
Les anarchistes
Ils ont un drapeau noir
En berne sur l’Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l’Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier
Qu’y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et qu’ils se tiennent bien le bras dessus bras dessous
Joyeux et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout
Les anarchistes

