C’est une mélodie rythmée, scandée, entêtante, obsédante, comme il a pu en composer des centaines dans sa carrière longue de 70 années. Pour celle-ci, Henri Salvador se serait inspiré d’un air traditionnel vénézuélien.
Plus étonnantes sont les paroles interprétées par un chanteur talentueux mais qui ne s’est pas fait remarquer pour ses combats, si ce n’est en 2007 quand il est venu soutenir – quelques mois avant sa mort – le candidat Sarkozy à son meeting de Bercy. Les paroles ne sont donc pas de lui, elles sont de son complice Bernard Michel et elles valent le détour puisqu’elles évoquent un sujet éminemment politique : l’accaparement de l’eau. Cette semaine, Olivier Besancenot est arrivé, sans se presser, à se réconcilier avec Henri Salvador.
Paroles de Bernard Michel, musique d’Henri Salvador, « Les Voleurs d’eau », in Des goûts et des couleurs, 1989
Ils détournent la rivière, là-haut, là-haut
Ils se moquent de nos misères, là-haut, là-haut
Si la soif nous affaiblit
Et si nos sources sont taries
Tous nos troupeaux
Vont périr l’un après l’autre, là-haut, là-haut
Il faut sortir nos fusils, là-haut, là-haut
Il faut lutter pour nos vies
Mais d’abord il nous faut parler
À ces gringos tantôt
Nos terres sont les plus fertiles, c’est l’eau, c’est l’eau
Et nous vivions si tranquilles de nos travaux
Quand nous montions dans nos barques
Lorsque nous pêchions dans le lac
Heureux, heureux
Ils veulent construire un barrage, là-haut, là-haut
C’est la vallée qu’ils saccagent, là-haut, là-haut
Ils inonderont nos villages
Et ils nous mettront dans des cages
Là-haut comme des corbeaux
Nous devons les empêcher, là-haut, là-haut
De détruire nos foyers, si beaux, si beaux
Les adultes vont s’armer
Tout le monde va les aider
Il faut de l’eau, il faut de l’eau, il faut de l’eau, de l’eau
Ils nous montrent des contrats, c’est tout, c’est tout
Qui leurs donnent tous les droits, sur nous, sur nous
Ils veulent nous rayer du temps
Et puis du monde des vivants, pour de l’argent, l’argent
Que ferions-nous dans leur ville, tombeau, tombeau
Comme des tigres qu’on exile, au zoo, au zoo
C’est pourquoi jusqu’au dernier
Nous lutterons pour exister
Pour l’eau, pour l’eau, pour l’eau, pour l’eau
De l’eau, de l’eau, de l’eau
Ils détournent la rivière, là-haut, là-haut
Ils se moquent de nos misères, là-haut, là-haut
Si la soif nous affaiblit
Et si nos sources sont taries
Tous nos troupeaux
Vont périr l’un après l’autre, là-haut, là-haut
Il faut sortir nos fusils, là-haut, là-haut
Il faut lutter pour nos vies
Mais d’abord il nous faut parler
De l’eau, de l’eau, de l’eau

