Gattaz en marche contre le CDI Abonnés

Le

Pierre Gattaz, le président du Medef (Mouvement des entreprises de France), affirme que les jeunes Français, à 60 %, veulent être entrepreneurs, alors qu’il y a vingt ans, ils voulaient tous être fonctionnaires. C’est vite dit. Et avec beaucoup d’arrière-pensées :

« Les jeunes générations raisonnent totalement différemment de nous. On pense qu’ils veulent tous un CDI. Et bien je vais vous dire : non. Il y a un pourcentage non négligeable aujourd’hui de jeunes qui ne veulent pas de CDI. Ils veulent en effet des missions, ils veulent des projets, ils veulent des chantiers, ils veulent autre chose. Alors, pas tous, pas tous… Mais donc tout ça, c’est un monde qui bouge, c’est un monde de jeunesse. Nos jeunes Français veulent être à 60% entrepreneurs. »

Pierre Gattaz, conférence de presse mensuelle, 13 juin 2017

Alors, 60% de « nos » jeunes, comme dit Pierre Gattaz, veulent-ils être entrepreneurs ? Fuiraient-ils tous le fonctionnariat vers lequel ils auraient tous voulu se tourner il y a vingt ans ?

Et bien, il est bien hâtif de l’affirmer, voire abusif et faux, quand on regarde dans le détail le récent sondage sur lequel le patron du Medef s’appuie pour étayer son affirmation.

Pourquoi ?

Procédons par ordre : 60% de jeunes qui voudraient être entrepreneurs, ce chiffre, le patron du Medef le tient d’un sondage de l’entreprise OpinionWay sur « les jeunes et le travail ». Une étude qui a été réalisée en janvier auprès d’un millier de jeunes de 18 à 29 ans, à l’occasion du Salon des entrepreneurs qui se tient chaque année à Paris – cette grand-messe dédiée à l’entreprenariat.

Et que dit ce sondage ? Et bien certes, que 60 % d’entre eux disent qu’ils auraient un jour (« auraient », au conditionnel), soit « certainement » (pour 16 %) soit « probablement » (pour 44 %) « envie » – c’est le mot précis – de créer ou de reprendre une entreprise ou de se mettre un jour à leur compte. Mais une envie, si les mots ont un sens, ce n’est pas une volonté. Avoir envie, ce n’est pas nécessairement vouloir. Ce n’est pas non plus, et encore moins, comme l’ont titré Les Échos à propos de cette étude, être « prêts » à créer son entreprise.

Et justement, les pages suivantes du sondage nous renseignent sur ce point. Une envie ? D’accord, mais à quel horizon ? Et alors là, patatras, on s’aperçoit qu’un gros quart seulement de ces 60 %, veulent – là c’est bien le mot qui convient – se lancer concrètement dans l’aventure dans les deux ans : soit 16 % des jeunes de 18 à 29 ans… On est loin des 60 % affichés par le patron du Medef. Les Échos, toujours eux, s’en sont même pris les pieds dans le tapis, puisqu’au contraire du titre qui claironnait que 60 % de jeunes étaient « prêts » à créer leur entreprise, le corps du texte, lui, mentionnait très justement qu’il n’étaient en fait qu’ « un sur six »

Il faut donc se reporter encore à une autre page du sondage pour cerner plus finement ce que souhaitent vraiment « nos » jeunes, comme dit Pierre Gattaz, pour leur avenir professionnel : et là nous pouvons voir que ce ne sont que 18% de ces jeunes effectivement qui souhaitent à l’avenir se mettre à leur compte, 36 % souhaitant en fait soit alterner des périodes de salariat et d’entreprenariat, soit, plus encore, combiner du salariat et de l’entreprenariat.

En fait, contrairement à ce que tente de laisser croire Pierre Gattaz, ces jeunes ne rejettent pas massivement la stabilité du CDI – d’ailleurs, le sondage montre que 73 % d’entre eux le considèrent toujours comme « un objectif majeur ». On peut juste dire, qu’avec bon sens, les jeunes sont simplement prudents dans l’éventuelle réalisation de leur « envie » d’entreprendre.

Pour tempérer l’enthousiasme du patron du Medef, qui voit donc – comme d’ailleurs le président Macron – des entrepreneurs partout, on pourrait aussi l’orienter sur la lecture d’autres sondages : une étude d’Ipsos par exemple, réalisée auprès des 15-30 ans, qui révélait, en 2012 – donc sans remonter aux calendes, il y a 20 ans –, que s’ils en avaient l’opportunité, les trois quarts des jeunes Français aimeraient bien devenir fonctionnaires, attirés qu’ils sont par la garantie de l’emploi…

En fait, il ne faut pas s’y tromper : à agiter comme une marionnette l’envie d’entreprendre manifestée par une majorité de jeunes, fût-elle encore hypothétique, en occultant leur envie concomitante de sécurité dans l’emploi, le patron du Medef ne fait qu’affûter ses armes dans la bataille qui s’annonce. Et dont le Contrat à Durée Indéterminée – le CDI–, est l’une des premières cibles.

Déjà abonné ? Identifiez-vous.

Pour accéder à tous nos contenus, vous devez être abonné…

Abonnez-vous !

ABONNEZ-VOUS MAINTENANT, c’est très simple !
SOUTENEZ LA-BAS pour seulement 5 euros par mois

Depuis 1989 à la radio, LA-BAS SI J’Y SUIS se développe avec succès aujourd’hui sur le net. En vous abonnant vous soutenez une manière de voir, critique et indépendante.

L’information a un prix, celui de se donner les moyens de réaliser des émissions et des reportages de qualité. C’est le prix de notre travail. C’est aussi le prix de notre indépendance, pour ne pas être soumis financièrement aux annonceurs, aux subventions publiques ou aux pouvoirs financiers.

L’abonnement coûte 5€/mois (60€/an). Mais pour permettre à tous, du rentier au routier, d’avoir accès à notre travail modeste et génial, plusieurs tarifs d’abonnement existent :
- les plus fortunés peuvent souscrire un abonnement de solidarité (80 €, 100 € ou même plus...)
- ce qui permet aux plus modestes de s’abonner pour une somme plus accessible (24 € pour un an ou même moins...)

Je m'abonne

Lire délivre

  • Voir

    LES BOUQUINS DE LA-BAS.
    Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Vos conseils sont bienvenus ! Oui, LIRE DELIVRE...

Les Rendez-vous des Repaires

  • Soirée débat/repas : avec Dominique Cellier, président de l’association Sciences Citoyennes. Comment définir et expliquer les nanotechnologies ? Où trouve-t-on actuellement les nanomatériaux ? Les principaux domaines d’application concernent l’informatique, l’énergie, la santé, l’alimentation mais aussi (...)

    Saint-Lô

  • Le café repaire angevin répond à l’appel à solidarité lancé par tous ceux qui luttent en Grèce. Rendez-vous le mardi 03 octobre (bar Le Challenge, 19h30 comme d’hab’) avec Pascal Franchet, président du CADTM France. Toutes les infos ici : (...)

    Angers

  • Exceptionnellement, ce Café Repaire aura lieu au cinéma La Turbine (rue Chorus 74960 Cran-Gevrier), pour l’avant-première nationale du film Irrintzina : le cri de la génération climat. Nous avons invité pour débattre après le film Corinne Morel Darleux, conseillère régionale d’Auvergne-Rhône-Alpes et (...)

    Annecy-Meythet
    33 route de Frangy

  • 30 ans jour pour jour après la disparition du Président du Burkina Faso Thomas Sankara, nous nous retrouverons en présence du musicien burkinabé Abdoul Aziz Sinka. Nous évoquerons rapidement l’histoire de la Haute Volta avant l’arrivée au pouvoir du Capitaine Sankara qui changea le nom de son pays (...)

    Berlin
    4 Wildenbruchstraße

Dernières publis

Une sélection :

Un article de Chris Hedges (truthdig.com) Donald Trump est le visage de notre idiotie collective Lire

Le

Impopulaire, Donald Trump ? Oui, mais dans son propre électorat, sa cote reste forte, 85% en moyenne, et les Républicains ont la majorité au Congrès, à la Chambre des Représentants comme au Sénat. Pour le journaliste militant Chris HEDGES, nous refusons de voir l’effondrement qui vient. Donald J. TRUMP n’est pas la maladie, il est le symptôme. Nous vous proposons la traduction de son article publié sur Truthdig, « Le Règne des Idiots », qui fait penser au film formidable de Mike Judge, IDIOCRACY (2006).