Renégat !

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Renégat !

Un mot qui est revenu souvent dans vos récents messages.

Il est vrai que ces temps-ci, le renégat est en tête de gondole. Partout exhibé, choyé, honoré le renégat est à la fête. Tout poudré, tout enivré, tout frémissant quand son maître le récompense d’un sucre ou d’une petite tape sur son derrière, le renégat aime les coussins du pouvoir. Il lèche, il jappe, il papote mais il aboie aussi, attention, il est resté rebelle, toujours indigné, toujours à vif. Si la guerre d’Espagne se reproduit, il part tout de suite dans les brigades internationales. Il est ainsi. C’est un insoumis.

Son zèle dénonciateur fait le régal du maître. Le renégat est plus dur, plus flic, plus froid qu’un autre courtisan. Sa repentance est inépuisable. Depuis toujours la police (...)
(...) utilise des repris de justice comme indicateur et rien ne fait une meilleure duchesse qu’une ancienne putain. Johnatan Swift faisait observer que l’homme fait les mêmes gestes pour ramper que pour grimper.

Bien sûr le renégat ne se dit pas qu’il est renégat. Il s’estime à la place qu’il mérite. Il fait le modeste, « Si je puis être utile... » Et puis, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Mais ce qui fait toute la valeur du renégat d’aujourd’hui c’est qu’il est la preuve vivante que toute contestation est vaine. Et dangereuse. Il le prouve, il le porte, il le dit et le répète. Aucun autre monde n’est possible. Il sait de quoi il parle, lui aussi y a cru, lui aussi s’est engagé, il peut en parler, toute révolte mène au pire, à l’inhumanité, au goulag, à la terreur islamiste. Il est le meilleur agent de propagande pour l’ordre établi. Il arrive dès qu’on le siffle, il court d’un micro à l’autre, pas le temps de se démaquiller, il vient le dire et le redire et le répéter.

En échange, son assiette est pleine de bonne soupe, BHL l’appelle en pleine nuit, le serveur lui demande une dédicace, le Président lui sourit à la première de Bigard.

Bien sûr, tous les renégats ne sont pas aussi épanouis. Il en est qui ne demandent qu’à trahir et qui attendent en vain qu’on les sonne. Prêts à se vendre en solde et même à se donner.

Leur problème c’est que leur trahison n’est pas assez exemplaire. Car pour faire un bon renégat encore faut-il avoir quelque chose à renier. Un bon renégat commence par s’impliquer dans une grande action, vibrer pour un grand rêve, s’engager dans un mouvement généreux à l’autre bout du monde, distribuer des tracts sur les marchés, s’affronter aux forces de l’ordre, construire des barricades...

Alors là, oui, jeunes gens, vous aurez toutes les chances de devenir ensuite un heureux renégat. N’attendez plus, dès à présent investissez dans la révolution. Regardez vos aînés qui sont passés du col mao au Rotary.

Investir dans l’action humanitaire ? Oui mais attention : la pornographie compassionnelle n’est plus aussi efficace qu’au temps de la Somalie et du Kosovo. C’est comme la chanson engagée. Aucune garantie. Ne vous trompez pas de combat. Le soutien au stalinisme a produit une génération de renégats, mais la page est tournée, attention, le fonds de commerce s’épuise. En tout cas soyez sur la photo. Un bon futur renégat doit impérativement se faire remarquer par tous les moyens. Il doit s’agiter, prendre la parole, gesticuler, tout faire pour attirer l’attention et tirer la couverture et les micros à lui.

Vous n’avez pas de temps à perdre. Allez-y très fort. Faire sauter TF1, occuper l’Elysée avec des SDF, prendre le contrôle de Google et de Wall Street, pendre le dernier Ben Laden avec les tripes du dernier Bush, les idées ne manquent pas ...

Alors n’attendez plus, révoltez-vous ! Préparer un cocktail Molotov c’est préparer votre avenir !

Et comme dit Sally Mara, tiens bon la rampe...

Là-bas, le 8 octobre 2007

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