La Médiadépendance

Le

Après Sidaction et Téléthon le moment est venu pour nous d’alerter le monde
contre un fléau honteusement ignoré : la Médiadépendance. Un mal que les
médias passent sous silence car c’est le mal des médias.

Chers amis,
Chers AMG !

La Médiadépendance est une addiction en tout points comparable aux autres
formes de toxicomanie, le produit stupéfiant étant les médias, comme
substance capable de modifier l’état de conscience. Le sujet atteint de
Médiadépendance ressent de façon chronique, l’irrépressible besoin d’absorber
une dose de média ; télévision, radio, presse ou internet.

Cette addiction affecte deux groupes distincts. D’une part les consommateurs
de média, d’autres part les acteurs des medias.

L’addiction des consommateurs de média est connue. L’ingestion des
substances se fait de la naissance à la mort, plusieurs heures par jour par
les oreilles et les yeux, entraînant l’hébétude, l’impuissance et le
consentement à l’ordre dominant. Mais c’est surtout la soumission au viol
publicitaire qui caractérise cette forme de toxicomanie. En effet, si le
port du voile à l’école fait débat comme symbole agressant la liberté de
conscience, en revanche le viol des foules par la publicité jusqu’au plus
intime de la vie, ne pose guère de problème particulier. C’est là, parmi d’autres,
un exemple de l’emprise des grands médiatrafiquants.

Il faut un accident (grève, tsunami, changement de grille) pour que le
manque soit subitement ressenti, parfois de façon violente. Des cures de
messages publicitaires sont alors prescrites, assorties de quelques
émissions en injection ou comprimé, afin de préparer le cerveau du patient à
recevoir la publicité de Coca-Cola ou de Gaz de France.

L’addiction de ceux qui font les médias est moins connue et pourtant
autrement dangereuse puisqu’elle constitue la cause et la caution de la
précédente. Dans cette catégorie, le sujet médiadépendant éprouve de façon
obsessionnelle le désir de se montrer, de parler et de faire parler de lui.
Peu importe le sujet, peu importe le sens, le malade est prêt à tout pour
satisfaire son addiction, courir tous les plateaux, retourner sa veste,
vendre sa mère ou se livrer à la pétomanie. Pour lui la caméra, le micro ou
le stylo ont le même usage que la seringue, la pipe ou la cuillère trouée.

Tout comme le drogué qui n’hésite pas à voler le sac des vieilles dames pour
obtenir sa dose, le médiadépendant ira voler des idées n’importe où ; ainsi
le plagiat du poète St John Perse par Bernard Henri Lévy, ainsi Alain Minc
condamné le 29 novembre 2001 pour « plagiat servile et pillage
méthodique »(*) Et de même que l’héroïnomane qui se prostitue pour payer son
dealer, le médiadépendant accourt dans certaines émissions de radio ou de
télévision, faisant ce qu’il faut faire, disant ce qu’il faut dire,
astiquant, léchant, pleurant sous les rires de l’assistance et ceci à des
heures où des enfants peuvent être à l’écoute.

Chaque jour en effet nous les voyons, chaque jour nous les entendons, il est
grand temps de rompre avec la fatalité, nous devons, nous pouvons les aider.

Bien sûr, les comédiens, les journalistes, les animateurs, les hommes
politiques, sont coutumiers de cette dépendance ; sans leur ration
quotidienne d’exposition médiatique, ils connaissent des crises de manque et
des troubles dépressifs qui peuvent entraîner des déchéances parfois sans
retour. Mais si cette forme d’ivrognerie est préoccupante, elle est sans
commune mesure avec la Médiadépendance aiguë, dont nous parlons, qui se
répand de plus en plus dans le monde intello-médiatique .

On a cité le philosophe Bernard Henri Lévy champion du monde de l’entartage.
En effet par sept fois, le Grand Reporter BHL a reçu des tartes à la crème
aux cris de « Entartons, entartons, le pompeux cornichon ! ». Mais on songe
aussi à Serge July, Philippe Sollers ou Alain Minc, sans pour autant
négliger les cas d’André Glucksman, Romain Goupil et Pascal Bruckner, s’écriant
le 15 avril 2003 dans le Monde « Quelle joie de voir le peuple irakien en
liesse fêter sa libération et ses libérateurs ! » (600 000 morts depuis)

On le voit, les cas les plus touchants sont le plus souvent des personnes
qui ont eu leur moment de gloire, des « has been » prêts à tout dans l’espoir
de revenir un instant, un instant seulement dans la lumière de la scène
médiatique.

Même si les médiadépendants ont des parcours divers, le profil-type serait
celui d’un auteur publiant des ouvrages atteignant un succès moyen mais
suffisant pour lui faire goûter aux premières griseries médiatiques, un
feuillet dans le Courrier Picard, les compliments d’un brave professeur, un
passage à France 3, le sourire d’une inconnue. Pas grand chose mais le piège
est installé. Tous n’y tomberont pas, mais les dealers veillent. Ils savent
que c’est souvent pour retrouver cette première ivresse que beaucoup peu à
peu glisseront dans la Médiadépendance totale, sans autre contact avec le
monde que la recherche compulsive de la dose quotidienne de média. Pour l’obtenir, le malade multiplie les provocations, les anathèmes, les élucubrations hargneuses. Et c’est en dernier ressort l’insanité xénophobe et raciste qui lui donnera le plus de chance d’obtenir la plus forte dose de médias. Le but des dealers (des journalistes, des animateurs, des éditeurs) étant d’obtenir le niveau le plus élevé possible d’UBM, (Unité de Bruit Médiatique). En échange ils lui fournissent ses doses de passages télé, d’émissions de radio, d’interviews.

Mais les ravages de la Médiadépendance ne s’arrêtent pas. Chaque jour exige
une dose plus forte. On peut évoquer ici le cas du philosophe et animateur
de radio, Alain Finkielkraut qui, en novembre 2005 dans une interview au
quotidien israélien Haaretz portant sur les émeutes dans les quartiers
populaires en France, fit une véritable overdose. « En France, on voudrait
bien réduire les émeutes à des niveaux sociologiques » mais, dit-il
péremptoire, « il s’agit d’une révolte à caractère ethnico religieux. »
Décontenancés par les propos du philosophe qu’ils rapprochèrent de ceux du
Front national, les journalistes israéliens donnèrent à leur article un
titre résumant la pensée du philosophe au sujet des jeunes émeutiers « Ils
ne sont pas malheureux, ils sont musulmans ».

Mais Alain Finkielkraut ne s’en tint pas là. Il faudrait tout citer. Voici
ce que l’exégète d’Emmanuel Levinas nous dit de l’équipe de France de
football : « On nous dit que l’équipe de France est adorée par tous parce qu’elle
est « black, blanc beur », en fait aujourd’hui elle est « black, black,
black », ce qui fait ricaner toute l’Europe. Si on fait une telle remarque
en France, on va en prison ».

Tollé, scandale !

Sulfureux et persécuté, Finkielkraut est partout en quelques heures. Radio,
télé, presse, se déchaînent. L’encre coule, l’audimat grimpe. Alain,
fiévreux, caresse une planisphère, jusque sur le moindre îlot perdu au
milieu du Pacifique on parle d’Alain Finkielkraut. En bien ou en mal ? Pour
le médiadépendant cette question n’existe pas. C’est lui qui existe. Et qui
n’existe plus que par les médias.

Sans vouloir ternir son mérite, on doit à la vérité de souligner qu’ il n’a
fait qu’appliquer la vieille recette de Jean-Marie Le Pen, qui a démontré
que l’on peut devenir durablement célèbre dans les médias, non pas grâce au
travail ou à l’intelligence, non pas grâce à la maîtrise de l’art ou à l’exercice
de la Vertu, non pas grâce à la beauté ni même à l’argent, mais simplement
en prononçant deux ou trois petites phrases abjectes (« point de détail »,
« Durafour crématoire » ou encore « l’occupation allemande pas si inhumaine
que ça »).

Un modèle inégalé pour les médiadépendants qui à leur tour ont recours à ce
procédé pour obtenir leur dose. Ainsi, tout récemment, Georges Frêche l’ancien
maire socialiste de Montpellier, s’est inspiré d’Alain Finkielkraut pour
regretter que l’équipe de France de foot compte « neufs blacks sur onze »,
alors que « la normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre » et
concluant « j’ai honte pour ce pays, bientôt il y aura onze blacks ». Sans
obtenir un score aussi élevé que le philosophe, Monsieur Frêche a atteint un
taux très honorable d’UBM.

D’autant que la concurrence était rude notamment avec la concurrence d’un
autre médiadépendant multirécidiviste, le comique Dieudonné, qui le 12
novembre au Bourget à la fête du Front National, vint saluer son ami
Jean-Marie Le Pen pour lequel il n’exclut pas de voter aux prochaines
élections. Dieudonné, un peu oublié ces temps derniers, fit une remontée
foudroyante, aux dépens d’autres concurrents moins expérimentés comme un
certain Anthony Attal, président de la LDJ, Ligue de Défense Juive, lui
aussi venu saluer le vieux leader du Front National. Interdite aux Etats-
unis et en Israël parce que trop raciste, la LDJ est une milice sioniste d’extrême
droite, impliquée dans une longue série d’agressions. Le MRAP et la LDH,
entre autres demandent la dissolution de la LDJ.

Mais attention : la recette de la petite phrase raciste n’assure pas la
notoriété à n’importe qui. Parmi tous les médiadépendants fascinés par l’exemple
de Le Pen, on trouve des intellectuels de second plan ou des écrivains comme
un certain Alain Soral qui, faute de rencontrer le succès espéré avec ses
livres, en est venu a mettre sa plume et ses idées au service du Front
National. Ralliement qu’il tente de rendre le plus diabolique possible, sans
jusque-là réussir à vraiment attirer l’attention des médias sur sa personne
et le message qu’il a à délivrer. Rien n’étant pire que l’indifférence pour
un médiadépendant, ne manquez pas si vous croisez cet auteur de lui faire l’aumône
de votre indignation et de vos injures, il vous en sera gré.

Mais autour du Front National, les médiadépendants peuvent être aussi des
personnes joviales. Ainsi, Serge Moati, ex-conseiller de Mitterrand,
animateur de l’émission « Riposte » sur France 5, qui invitait Jean Marie Le
Pen le dimanche 26 novembre une heure et demie durant et qui déclarait au
Journal du Dimanche diffusé avant l’émission, qu’il avait trouvé Le Pen « 
sympathique, marrant et cultivé. Il a quelque chose de ces grands bonshommes
que l’Histoire traverse et qui traversent l’Histoire. C’est un peu le
Mitterand de son camp »

Pour finir de vous convaincre de l’importance du fléau qu’il nous faut
combattre, voici encore deux cas très récents de médiadépendance. Celui de
Pascal Sevran, animateur de télévision à la notoriété un peu déclinante,
autrefois ami, proche et soutien actif de François Mitterrand, et aujourd’hui
ami, proche et soutien actif de Nicolas Sarkozy.

Il lui aura fallu attendre presque un an pour qu’enfin les médias se
décident à s’indigner d’une phrase écrite dans son dernier livre publié en
janvier 2006 « La bite des Noirs est responsable de la famine en Afrique ».

« Et alors ? C’est la vérité, s’écrie Pascal Sevran dans Var Matin, l’Afrique
crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les
moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire, il faudrait
stériliser la moitié de la planète »

L’affaire a très vite atteint des sommets d’UBM, et d’ailleurs, a précisé
Pascal Sevran, « L’éditeur se frotte les mains ! ».

L’autre cas de médiadépendance sévère est celui de Robert Redeker,
professeur près de Toulouse et qui précise d’emblée « Je ne suis pas le
nouveau Salman Rushdie » dans le cas ou personne n’aurait eu l’idée de faire
le rapprochement. Connu d’un public restreint, le professeur Redeker cherche
à s’illustrer dans le courageux courant de lutte contre « l’slamofascisme ». Après la peste brune, c’est la peste verte qui menace. Dans le Figaro du
19 septembre 2006, dans une tribune dont le titre laissait un peu pressentir
la réponse « Face aux intimidations islamistes que doit faire le monde
libre ? » M. Redeker nous faisait part de la mauvaise impression que lui
laissait le prophète Mahomet « Chef de guerre impitoyable, pillard
massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran »,
un livre bien peu recommandable selon le professeur Redeker « Haine et
violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué ». Des
phrases qui lui auraient illico valu des menaces de mort, a-t-il affirmé en
se barricadant chez lui. Là encore, gros succès médiatique. Pour l’heure les
enquêtes n’ont pas permis d’identifier les auteurs des menaces si toutefois
ils existent. Le professeur, qui bénéficie d’une protection policière, a
reçu le soutien de personnalités parisiennes : Alain Finkielkraut, Elisabeth
Badinter, André Glucksman, Claude Lanzman, Bernard-Henri Lévy. Beaucoup
présentent des cas graves de médiadépendance et tous ont admiré la rapidité
de Denis Jeambar, nouveau directeur des éditions du Seuil qui, dés l’annonce
de l’affaire Redeker, a coiffé tous ses confrères sur le poteau pour lui
faire signer un contrat d’auteur.

On voit à ces quelques exemples l’ampleur de la tâche et la nécessité d’agir
tous ensemble avec détermination contre la médiadépendance.

D’ici là, comme disait Sally Mara en préparant discrètement quelques
délicieuses tartes à la crème « Tiens bon la rampe ! »

Là-bas, le 29 décembre 2006

* Dans son livre « Spinoza, un roman juif » (Gallimard, 1999.)

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