17 octobre 1961, un trou de mémoire d’Etat

Jean-Luc Einaudi, l’historien qui a défié Maurice Papon

Le , par L’équipe de Là-bas

Il ne se présentait pas comme historien mais comme citoyen. En 1991, son livre "La Bataille de Paris, 17 octobre 1961" a révélé au grand public un crime d’Etat commis en plein Paris et passé sous silence durant trente ans. Jean-Luc Einaudi est mort le 22 mars. C’était un ami de Là-Bas depuis la série d’émissions de 1991 basées sur son travail, puis dans son combat victorieux contre Maurice Papon en 1999. En hommage, vous pouvez réécouter l’émission du 19 février 2007.

Entre les pavés noirs, le sang se mêle à la pluie et se perd dans la Seine. Puis un silence de trente ans. Quelques ouvrages courageux, quelques recherches, quelques articles, mais sous un lourd couvercle.
Que s’est-il passé ce soir là à Paris ?
Lors d’une manifestation non violente qui leur était imposée, des dizaines d’algériens étaient assassinés par des fonctionnaires de police aux ordres de leurs supérieurs. Au vu et au su des rues, à Saint-Michel, sur les Grands Boulevards, dans la cours de la Préfecture de police, au Palais des sports. La presse pourtant couvre le drame, Paris Match, l’Express, l’Humanité. On s’indigne quelques jours, mais le silence étend son ombre. Un silence d’Etat pour un crime d’Etat.
Trente ans plus tard, voilà à quoi s’attaque cet homme là, un éducateur, un militant, un citoyen, un homme seul. Des historiens le reconnaitront comme tel, Pierre Vidal- Naquet soutiendra sa lutte pugnace et efficace.

En 1998, au tribunal de Bordeaux, Einaudi accuse Maurice Papon, le préfet instigateur du massacre. Papon le poursuit mais il perd, Einaudi l’emporte. Le 26 mars 1999, à quelques pas du pont Saint-Michel où des Algériens furent massacrés 38 ans plus tôt, le long travail têtu du citoyen Einaudi a porté ses fruits de justice. Une belle journée celle-ci, de celles qu’on n’oublie pas.

DM

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