Emmanuel Faux et la main droite de Dieu

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[PHOTO : Capture d’écran Europe 1]

Le 6 août, notre ami le journaliste Emmanuel Faux a définitivement fermé son micro. Des hommages nombreux saluent cette voix emblématique durant trente ans sur Europe 1, celle d’un professionnel chaleureux, infiniment cultivé, bienveillant et drôle.

Nous n’oublierons pas nos rencontres à Moscou où il était correspondant, dans ce restaurant géorgien orné de peintures staliniennes, ou à Jérusalem à l’American Colony, en compagnie de Charles Enderlin. Sa mère Gisèle Halimi, et son père Claude Faux collaborateur de Sartre, lui avait donné une certaine manière de voir. Des bouquins qu’il a publiés, le plus retentissant fut « La Main droite de Dieu » (1994) où, en compagnie de deux confrères, Thomas Legrand et Gilles Perez, au terme d’une longue enquête et d’un entretien exclusif, ils révèlent les liens que François Mitterand entretenaient avec l’extrême droite. Et surtout comment François Mitterand (Dieu donc !) reconnait avoir favorisé la percée du Front National afin de diviser le droite pour se maintenir au pouvoir en se présentant comme le bouclier contre la peste brune. Pierre Bérégovoy a confirmé cette stratégie dans un entretien avec Franz Olivier Gisbert : « On a tout intérêt à pousser le FN, il rendra la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattable. C’est la chance historique des socialistes ».

Dans son hommage, Dominique Vidal évoque ce livre, jamais condamné en justice et qui raconte par le menu une véritable escroquerie politique. Des coups de fil à l’animateur d’une grande émission politique de télévision afin qu’il invite plusieurs fois Jean-Marie Le Pen jusqu’au « don » cash par une Fédération du PS à une Fédération du FN de l’argent nécessaire pour mener campagne localement. Mis ainsi sur les rails par cette gauche-là, le FN n’allait faire que croître et embellir. Il faut relire ce livre et même le republier, les co-auteurs étant eux toujours là. Ce serait le meilleur hommage à rendre à ce vrai journaliste.

Daniel Mermet

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