Bolcheviiiiiiiik !!! 

Le

Chers amis,
Chers AMG,

Bolcheviiiiiiiik !!! 

C’était le mot unique du message que laissait une auditrice sur le répondeur de l’émission. Une auditrice ou un auditeur, impossible de distinguer tellement le ton était furibard. C’était au début des années 90, il suffisait que l’on évoque le chômage, une grève ou un brin de perplexité devant la félicité promise par la mondialisation, pour que la voix retentisse sur le répondeur.

Elle criait tout haut ce qui était écrit sur les étiquettes que certains nous collaient alors avec plus ou moins de tendresse, « Alternatifs, Marginaux, Atypiques, Gauchistes, Cautions, Alibis etc… ». Mais, après tout, la condescendance valait mieux que l’indifférence. Et puis tous les auditeurs n’étaient pas aussi réducteurs. Bref, faire c’est faire avec. Et nous fîmes avec. Même lorsque en dépit du succès (ou plutôt à cause du) nous avons été relégués à une scène plus étroite dans une salle réduite de moitié.

Mais aujourd’hui, ne serions-nous pas en train de perdre le public qui nous reste ? Si la question se pose c’est qu’il y a eu des choses étranges la semaine passée dans Là-bas. Deux sujets d’ émission ont suscité un grand émoi parmi les AMG : des chasseurs et des patrons ! Oui vous avez bien lu, le lundi c’est à des chasseurs de palombe à qui la parole était complaisamment offerte par Antoine Chao, le mercredi c’était des patrons qui avec François Rufin se prélassaient sur les ondes nationales ! Incroyable, non ?

Certes les chasseurs étaient de braves chasseurs respectueux de la nature et pointilleux sur le nombre de « prélèvements » effectués parmi les volatiles, certes les patrons étaient de braves patrons qui dénonçaient la mondialisation économique et fustigeaient les fonds d’investissement qui détruisent les entreprises et les emplois par milliers.

Mais tout de même, c’était des patrons, mais tout de même c’était des chasseurs. Et il y a eu le feu dans le répondeur. « Révisionnistes ! Sociaux traîtres ! charognards, Segolenistes ! » les insultes fusèrent, « Faux alternatifs, dissidents bidons ! ». De quoi se poser des questions.

Déjà depuis quelque temps, nos adversaires ramollissent. Alexandre Adler ne daigne plus nous insulter, ceux qui collaient anonymement des tracts la nuit dans les couloirs pour nous dénoncer, ont découvert d’autres loisirs, Charlie Hebdo ne dénonce plus « Serbie inter » à notre sujet, Alain Finkielkraut ne va plus au tribunal pour réclamer frénétiquement la condamnation de Daniel Mermet.

Alors ? Coup de fatigue ? Lassitude ? Ne serions nous pas insensiblement en train de passer sous la bannière des PCPE ? [1]

Verrons-nous bientôt s’éloigner les derniers amis de notre petit canton médiatique ?

A la réflexion, nous finissons par nous voir confrontés à un mystère qui dépasse bien largement une émission de radio fut elle aussi modeste et géniale : la question de la soumission à l’autorité.

Comment avons-nous accepté cette image marginale, allant même jusqu’à la revendiquer ? En règle générale, d’où nous vient cette souplesse d’échine qui nous fait accepter la portion congrue attribuée par le maître ?
Ah, voyez comme nous lui sourions au bout de notre laisse devant la niche qu’il daigne nous accorder ! Or nous sommes majoritaires ! Bolchevik en russe signifie majoritaire et majoritaires nous sommes. Pas toujours certes, mais bien souvent .

Des exemples ? Prenons quelques thèmes que nous avons abordé : les OGM, le CPE, le Kosovo, Chavez et le Venezuela, la critique des médias, la guerre en Irak, le referendum européen etc…

Chaque fois, nous étions avec la majorité de l’opinion. Pas toujours au début, et même rarement, mais chemin faisant nous nous sommes retrouvés très souvent avec l’opinion majoritaire. Si le pouvoir envoie ces CRS matraquer les Faucheurs Volontaires ou les étudiants en lutte contre le Contrat Première Embauche, les médias ont tendance à faire oublier qu’une large majorité de l’opinion soutient ces luttes. Lorsque, à contre courant, nous mettons en doute la mise en scène de l’Otan autour du Kosovo, l’opinion finit par découvrir l’énorme médiamensonge dont elle a été le jouet. Face à la critique cinglante des médias dont nous nous faisons l’écho (Bourdieu, Halimi, Pierre Carles, Acrimed, François Ruffin, etc…) la médiacratie campe dans un silencieux mépris, mais là aussi, la majorité de l’opinion exprime défiance et rejet croissants. Et ainsi de suite.

Aucune vantardise dans tout ça, aucune fanfaronnade, nous essayons de faire le meilleur usage possible de la formidable liberté qu’autorise l’indépendance financière dont bénéficie Radio France.

Certes, il n’en va pas de même de l’indépendance politique et lorsque les Français disent Non au projet de referendum européen en mai 2005, nous sommes montrés du doigt pour avoir participé à ce crime de lèse-majesté contre le pouvoir médiatico polititique.
On pourrait continuer de donner des exemples. Mais le mystère restera entier. Un mystère en trois questions :

- Par quelle processus une majorité oublie qu’elle est la majorité, comment accepte-t-elle de se soumettre à la minorité au pouvoir tout en sachant qu’elle n’est pas légitime ?

- Comment la minorité au pouvoir a-t-elle réussi à conquérir le pouvoir et à s’y maintenir en dépit de ses échecs et des désastres sociaux, économiques, environnementaux et culturels dont elle est responsable ? Comment parvient-elle à faire croire à la majorité qu’elle est minoritaire et marginale ?

- Combien de temps encaisserons-nous encore ?

En attendant , comme disait Sally Mara lors de la prise du Palais d’Hiver, « Tiens bon la rampe ! »

Là-bas, le 27 décembre 2006

— P.S. Plus de 12 000 visites en un semaine pour le premier diaporama sonore de là-bas !
Bravo, merci ! D’autres sont déjà en préparation.

L'équipe de Là-bas attend vos messages sur le répondeur au 01 85 08 37 37 !

Notes

[1PCPE, Pas de Couille Pas d’Embrouille.

C'est vous qui le dites…Vos messages choisis par l'équipe

Les bouquins de LÀ-BASLire délivre

  • Voir

    La bibliothèque de LÀ-BAS. Des perles, des classiques, des découvertes, des outils, des bombes, des raretés, des bouquins soigneusement choisis par l’équipe. Lire délivre...

    Vos avis et conseils sont bienvenus !

Dernières publis

  • LA LUTTE DES CLASSES À LA PLAGE ! Un reportage dessiné de Mathieu Colloghan (1/8) Bray-Dunes, une plage populaire Abonnés

    -

    Lire

    Non, en slip et en tongues, on n’est pas tous pareil. Il y a mille façons de poser son cul sur une serviette. On peut lancer à la face du monde des théories folles (« au début, elle est froide, mais après, ça va ») avec la voix d’Arielle Dombasle dans un film d’Éric Rohmer, ou bien jeter son vélib dans le canal pour voir s’il flotte.
    On peut aussi causer ronds-points à ré-occuper ou préparer un plan social face à l’océan, un gin tonic à la main.

    Sur la plage aussi, la lutte des classes bat son plein. Un reportage dessiné de Mathieu Colloghan en huit épisodes.

  • Rendez-vous jeudi 25 juillet sur Là-bas ! Une heure avec Chomsky sur le fascisme, les armes nucléaires, le climat, Assange... Accès libre

    -

    Voir

    En avril 2019, Noam Chomsky a donné une conférence suivie d’une heure d’entretien avec Amy Goodman, l’excellente présentatrice de l’émission Democracy Now ! Des centaines de personnes s’étaient pressées à la Old South Church de Boston pour écouter le célèbre linguiste parler de Donald Trump, du fascisme, de l’industrie de l’armement, d’écologie, ou bien encore de Julian Assange. Là-bas si j’y suis vous propose de retrouver jeudi 26 juillet une traduction de ce long et passionnant entretien.

  • Depuis l’annonce du plan social, trois salariés de General Electric sont décédés Abonnés

    -

    Lire

    Depuis l’annonce du plan de licenciement de General Electric le 28 mai dernier, qui prévoit 1 055 suppressions d’emploi à Belfort, trois salariés sont décédés, deux par infarctus et un autre d’un accident vasculaire cérébral. Les CSSCT (Commissions santé, sécurité et conditions de travail) de General Electric ont déposé ce vendredi 19 juillet un avis destiné à l’employeur « sur la constatation d’une situation de danger grave et imminent », que Là-bas si j’y suis a pu consulter.

    Trois salariés morts en trois semaines consécutives. C’est le chiffre terrible que l’on découvre sur cet « avis de danger grave et imminent » transmis ce matin à la direction de General Electric : deux ouvriers, de 48 et 58 ans, et un ingénieur de 51 ans. Ces décès, tous trois survenus dans le cadre privé, en dehors du lieu de travail, ont-ils un lien avec la situation sociale délétère provoquée par l’annonce du plan social ? C’est la question que se posent légitimement les syndicats de General Electric.

    Comme l’indique l’avis que nous avons pu consulter, les médecins de l’entreprise s’inquiétaient dès octobre 2017 par courrier de « l’état préoccupant des salariés en matière de Risques Psychosociaux ». Le rapport rédigé à la suite de ces alertes en novembre 2018 indiquait en page 63 que la question de la « sécurité de l’emploi », du « sentiment d’insécurité socioéconomique » et de l’« avenir » était « un facteur de tension important, et fortement anxiogène ».

  • À quoi servent les statistiques ethniques aux États-Unis ? Abonnés

    -

    Écouter

    C’est l’année prochaine, en 2020, qu’aura lieu le prochain recensement aux États-Unis. Beaucoup plus important qu’en France, le recensement de la population des États-Unis est inscrit dans la Constitution et doit avoir lieu tous les dix ans. La population est obligée d’y participer, car c’est ce recensement qui va déterminer la répartition des différents budgets pour la décennie à venir.

  • Les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural soumises aux lois du marché Comment les Safer font des affaires Abonnés

    -

    Écouter

    Les Safer, ce sont les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural. Inventés en 1960 afin « de régler, d’orienter, d’organiser, de tempérer » la cession des terres agricoles – selon les mots du ministre de l’Agriculture du général de Gaulle, Edgard Pisani –, ces organismes censés réguler le marché du foncier agricole ont vu leur financement étatique définitivement supprimé en 2017. Depuis, financées par le produit de la vente des terres, les Safer font l’inverse de ce qu’elles étaient censées faire : les prix des terres s’envolent. L’inflation intéresse les investisseurs extérieurs au monde agricole, et la spéculation menace l’installation de nouvelles exploitations. La journaliste Lucile Leclair nous raconte comment ces Safer, hier puissant instrument de régulation du marché foncier agricole, aujourd’hui font des affaires.

  • Un appel de Daniel Mermet NON À LA VIOLENCE ! Accès libre

    -

    Lire

    14 JUILLET 2019 : toute la France se faisait une joie d’aller BRUNCHER (à partir de 95 euros seulement) au FOUQUET’S, qui rouvrait aujourd’hui après quatre mois de fermeture suite aux manifestations du 16 mars. Mais hélas, des « gilets jaunes » et autres casseurs sont venus perturber notre grande fête nationale. Aussi nous le répétons encore : NON A LA VIOLENCE !

  • Le tourisme de masse, c’est dégueulasse ! Abonnés

    -

    Écouter

    Le tourisme, c’est très sympa. Ça permet de découvrir des œuvres d’art, de visiter des monuments historiques, de se plonger dans la culture d’un pays. Ça apporte aussi beaucoup de richesses aux régions visitées, puisque le touriste consomme, et donc le touriste crée de la croissance, et donc le touriste crée de l’emploi. Oui, sauf quand le touriste n’est pas le seul à avoir eu l’idée géniale de visiter cet endroit unique au monde. Et le tourisme, ça devient beaucoup moins sympa quand il y a trop de monde : attirés à grand renfort de campagnes publicitaires, les touristes finissent par détruire ce qu’ils étaient venus admirer. Exemple avec l’inscription à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, un « label » décerné par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Une consécration ou un cadeau empoisonné ?

  • Chacun a en soi un bourgeois qui sommeille François Bégaudeau : « Je rêverais qu’une assemblée populaire administre France Inter » Abonnés

    -

    Voir

    Je suis un bourgeois et j’en suis fier. Personne ne dit une chose pareille. Le bourgeois, c’est l’autre, le bobo, le faux-cul, le gras du bide. Et encore, ça se dit plus, bourgeois, c’est désuet. Depuis longtemps, le bourgeois a appris à se déguiser. Une casquette de pêcheur, une veste de paysan, un blue jean comme les ouvriers. Il a entonné des discours indignés et révoltés contre le mal, contre le fascisme et contre les cons. C’est un libertaire, le bourgeois. Contre l’impôt, contre le voile, contre les flux migratoires incontrôlés. Il proclame la révolution. C’est le titre du livre d’Emmanuel Macron, RÉVOLUTION. Il est progressiste aussi. Le mouvement qui soutient Macron se proclame « progressiste ».

  • Reportage aux urgences de Chinon Colère dans le cathéter Abonnés

    -

    Écouter

    Les urgences hospitalières sont en grève depuis la mi-mars : un mouvement de grande ampleur lancé hors syndicats par le collectif L’Inter-Urgences, constitué notamment de jeunes professionnels du milieu hospitalier. Plus de 150 établissements sont mobilisés à travers la France. 10 000 nouvelles embauches, un salaire mensuel revalorisé de 300 euros : ce sont les principales revendications des urgentistes en grève. Notre reporter Dillah Teibi a passé quelques jours dans le service des urgences de l’hôpital de Chinon.

  • Le chômage, la faute aux allocations ? Abonnés

    -

    Voir

    D’après la société de sondage Elabe et Les Échos, les Français trouveraient que le système d’indemnisation des chômeurs constitue la première raison du haut niveau de chômage en France (pour 42 % d’entre eux). Problème : ce chiffre est faux et résulte d’une pure construction (idéologique).

  • Coupe du monde 2019. Un article de David Garcia La femme, avenir du foot business ? Abonnés

    -

    Lire

    On n’est pas en finale ! Éliminées en quart de finale par les États-Unis, les Bleues ne disputeront pas la finale de la Coupe du monde de football qui se jouera à Lyon dimanche 07 juillet. Jusqu’à sa défaite, l’équipe de France féminine a suscité un engouement inédit dans le pays, qui accueillait la compétition pour la première fois de son histoire. Une grande avancée pour le féminisme ? Surtout, un nouveau marché juteux pour le foot business.

    « La femme est l’avenir du football ». Prononcée en 1995 par Joseph Blatter, le président de la fédération internationale du ballon rond (Fifa), cette sentence éculée passerait presque aujourd’hui pour un oracle, tant le mondial qui s’achève a crevé les écrans… et rempli les tiroirs-caisses.

    Le quart de finale de coupe du monde féminine France–États-Unis, vendredi dernier, a été suivi par 10,7 millions de téléspectateurs. Soit 51 % de part de marché et la meilleure audience de l’année 2019 pour la chaîne privée ! Euphorie à tous les étages de la tour TF1, diffuseur de la compétition. Grâce à des tarifs publicitaires relevés au fil de la compétition et des victoires des Bleues, la chaîne devrait empocher 13 millions d’euros. Opportuniste, la chaîne de Bouygues ? « TF1 a fait un pari en achetant les droits et en prévoyant de diffuser les matchs en prime time. Même si la chaîne n’a pas payé un prix excessif », salue Philippe Nouchi, expert médias tout terrain chez Publicis.

Une sélection :

Avec Gérard Filoche Et maintenant, l’assurance chômage ! AbonnésVoir

Le

Mercredi 20 février, les négociations sur l’assurance chômage ont été rompues, sans que les représentants de salariés et de patrons ne trouvent d’accord, ouvrant la voie à la reprise en main par l’État. C’est le genre d’infos qu’on voit passer rapidement, dont on entend vaguement parler à la radio, mais qu’on laisse filer, comme ça, sans y attacher plus d’importance, tant la question est vidée de son contenu politique par certains journalistes. Et pourtant : qui gère les 35 milliards d’euros de l’assurance chômage ? Qui décide de la façon dont sont indemnisés les chômeurs ? Pourquoi les négociations ont échoué, et qui y avait intérêt ? Voilà quelques questions simples que les médias dominants oublient de poser ! Heureusement, Gérard Filoche est là pour y répondre.

Émission spéciale de Gaylord Van Wymeersch avec l’historienne MAUD CHIRIO BRÉSIL : PERSONNE NE POURRA DIRE QU’IL NE SAVAIT PAS AbonnésVoir

Le

« PERSONNE NE POURRA DIRE CETTE FOIS QU’IL NE SAVAIT PAS. » La voix du film de Chris Marker sur le Brésil, en 1969, en pleine dictature militaire, résonne terriblement aujourd’hui. Alors qu’Emmanuel Macron approuve au Venezuela un coup d’État militairement soutenu par son ami Donald J. Trump, il salue au Brésil l’arrivée au pouvoir d’une extrême droite qui reprend et restaure la dictature que dénonçait Chris Marker. Autoritaire, sexiste, homophobe, niant le réchauffement climatique, et surtout et avant tout « ultra-libéral », JAIR BOLSONARO a été élu le 28 octobre dernier à 55,13 %.

Troisième et dernier épisode : réquisitions et jugement ! GRAND PROCÈS DE MACRON : LE VERDICT ! AbonnésVoir

Le

Et voici les vidéos tant attendues du grand procès public d’Emmanuel Macron. Avec le procureur Frédéric Lordon, le juge Daniel Mermet, les avocats de la défense Christophe Clerc et Jean-Marc Daniel et des témoins prestigieux, comme François Ruffin, Juan Branco, Mathilde Larrère, Didier Porte, Aurélie Trouvé, Marion Esnault, Arié Alimi, Taha Bouhafs… Macron sera-i-il condamné ?