Un drapeau jaune et noir

Le

Tout se résume à cet incroyable panneau routier peu après la frontière côté Californie après Tijuana. Attention ralentir, passage de famille de travailleurs étrangers clandestins !

Chers AMG,

En route pour Tijuana, voici 93 photos pour 3114 kilomètres de frontières.

Tout se résume à cet incroyable panneau routier peu après la frontière côté Californie après Tijuana. Attention ralentir, passage de famille de travailleurs étrangers clandestins !

Nous devons en faire le drapeau de tous les clandestins du monde. Sur toutes les frontières, parmi les autres drapeaux, ajoutons celui-là, en jaune et noir,. En hommage à toutes les familles qui ont fui misère et oppression espérant asile, pain et liberté une fois la ligne franchie, la montagne ou l’océan. En badge, en t-shirt, pas besoin de sous-titre, tout le monde comprendra.

Sauf peut-être Monsieur Sarkozy. Monsieur Sarkozy ne comprend pas ce que veulent ces gens-là. En France depuis le 17 avril, dans la restauration, dans le bâtiment, dans le nettoyage, des travailleurs sans papiers se sont mis en grève au grand jour pour demander une régularisation. Soutenus par des syndicats et des associations, ils sont plus de 1000 aujourd’hui. Mais Monsieur Sarkozy ne comprend pas. Monsieur Sarkozy fait mine de croire que ces gens-là veulent devenir français.Il fait semblant de mélanger naturalisation et régularisation. « On ne devient pas français en travaillant dans la cuisine d’un restaurant » expliquait Monsieur Sarkozy le 24 avril. Les sans-papiers ne demandent pas à devenir français, ils demandent le droit de travailler dans la légalité avec un titre de séjour. Monsieur Sarkozy le sait parfaitement. Mais il entretient l’équivoque, il ménage ce qui lui reste de voix dans la droite dure, il fait vibrer la bonne grosse ficelle xénophobe. « La loi prévoit un certain nombre de critères pour devenir français, d’abord il faut le demander, ensuite il faut parler français, enfin il faut justifier soit d’un contrat de travail soit d’un minimum de ressources ». (voir Dailymotion - « Arrêt sur image »)

Le journaliste qui lui pose la question ne relève pas, il le laisse dire. Mais monsieur le Président, ces travailleurs demandent une autorisation de séjour et non pas une carte d’identité française. Vous confondez Monsieur le Président. Vous connaissez parfaitement ce sujet, vous avez été Ministre de l’Intérieur, vous êtes président Monsieur le Président, le journaliste ne relève pas.

Alors, confusion volontaire ou non ? Les commentateurs s’interrogent ingénument.

Les mêmes s’émerveillent que les patrons des sans papiers en grève soutiennent les revendications de leurs employés. Sans papier et patrons, même combat. Et pourquoi pas pour bientôt, une version de « Merci Patron » dans une langue malienne ? C’est le dos au mur que les patrons lâchent du lest, comme toujours. On ne demande pas à un loup de manger de la luzerne.

En attendant, l’opinion soutient à 68% les travailleurs sans papiers ( Sondage CSA/Parisien du 27 avril). Mais Monsieur Sarkozy s’en fout. Pas de régularisation. Que du cas par cas. A l’heure où le vieux Le Pen ressort son « détail », Sarkozy lui aussi espère se refaire avec la France qui craint. Avec la France des petits blancs méprisés et "beaufisés"par les malins bobos.

En mai 2006 aux Etats-Unis, il y eut des manifestations énormes contre les lois de 2005 sur le contrôle aux frontières. Trois millions de manifestants à travers le pays pour défendre les travailleurs étrangers légaux ou clandestins. Comparer aux protestations du monde ouvrier ce fut la plus large mobilisation des travailleurs de toute l’histoire des Etats unis.

Certes les hommes ont toujours migré vers une vie supposée meilleure. Mais aujourd’hui, mondialisation libérale oblige, c’est la violence des politiques économiques imposées aux pays pauvres qui arrachent par millions des hommes à leur terre pour survivre et faire survivre leurs familles. Les « remesas », l’argent envoyé par les immigrés mexicains constitue la deuxième rentrée de devises du pays après le pétrole.

Aux Etats-Unis, le thème des manifs était « Une journée sans immigrés ». Histoire de démontrer que sans eux, légaux ou clandestins, le pays cale. Et pourquoi pas ici en France ? Une journée sans sans-papiers, depuis le temps qu’on en parle. Restauration, bâtiment, sécurité, nettoyage, aide à la personne...A quoi ressemblerait ce jour-là le pays de l’étourdi Monsieur Sarkozy qui confond la carte d’identité et la carte de séjour ?

Avec tout ces drapeaux jaunes et noirs.

Là-bas, le 28 avril 2008

Pauline BOULET attend vos messages sur le répondeur au 01 85 08 37 37.

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